Session du 8 janvier 2021 – Discours de Gilles DETERVILLE

Monsieur le Président, Cher (e) collègues,

2021 n’a pas encore une semaine, et notre 1ère réunion annuelle se prête donc parfaitement à un chapitre de VŒUX. Oui 2020 aura été une année très rude pour notre pays et notre département. Près de 65 000 décès en France, et 275 dans notre département. Nous pensions être à l’abri de tels drames. Nous avons pu mesurer l’impéritie de l’Etat qui ayant affaibli notre hôpital public depuis trop longtemps, a eu les pires difficultés à assumer les conséquences de la 1 ère phase du COVID au printemps dernier. Mais nous avons pu aussi apprécier le formidable engagement de nos soignants et plus généralement de nos fonctionnaires qu’ils appartiennent à la fonction publique hospitalière d’abord mais aussi à la fonction publique d’Etat (je pense aux enseignants) ou à la fonction publique territoriale. Toutes et tous méritent nos remerciements sincères mais surtout au-delà de la considération immédiate, ils doivent être assurés de notre soutien sur le long terme tellement l’effort de reconstruction de notre Hôpital public va être important. Oui, ce fût bien une année de pandémie telle que la France n’en avait pas connu depuis un siècle. Nous y reviendrons puisque qu’à l’occasion de toute crise il faut savoir en tirer les enseignements et repartir d’un meilleur pied. Il faut sûrement aussi emprunter de nouveaux chemins et imaginer de nouvelles solutions. Bref se réinventer ! Je ne tiens pas particulièrement à faire ce matin le procès du gouvernement mais beaucoup reconnaissent qu’il n’aura pas été globalement à la hauteur des enjeux depuis le triste épisode des masques jusqu’au lamentable début de la campagne de vaccination. Les collectivités locales ont dû souvent se substituer à l’Etat et leurs capacités de réaction aux premiers effets économiques et sociaux de la crise sanitaire ont été reconnues. Cette épreuve que nous traversons, permet assurément de renforcer notre conviction commune qu’il faut aller résolument vers une nouvelle phase de la décentralisation. A cet égard, le projet de loi 4 D est très insuffisant. Qu’attendre, qu’espérer donc de 2021 ? D’abord et c’est une évidence partagée, la fin ou tout du moins la forte réduction de la pandémie du COVID 19. Le vaccin étant la seule solution rationnelle pour faire face, et le gouvernement étant insuffisamment volontariste dans ce domaine, les collectivités locales doivent proposer leur savoir-faire et leur logistique pour favoriser une vaccination massive. Notre groupe a proposé publiquement que notre département prenne des initiatives dans ce domaine à l’instar d’autres départements : soutien à la logistique de transport, soutien financier à la vaccination dans les E..H P.A.D et les établissements accueillant des personnes en situation de handicap ou aide aux communes qui seront volontaires dans la mise en place de centres de vaccination. Si l’on considère que comme sur le plan national, 50 % des calvadosiens sont d’ores et déjà volontaires pour se faire vacciner, l’on voit que l’objectif est de vacciner 240 000 personnes soit 10 000 par semaine d’ici le 30 juin. Est-ce un objectif insurmontable ? Je ne le crois pas. Mon deuxième vœu pour 2021 sera bien sûr celui de la SOLIDARITE. La crise économique et sociale qui se profile sera très probablement rude pour bon nombre de nos concitoyens et d’abord celles et ceux qui ont des emplois précaires ou les jeunes qui auront du mal à accéder à leur 1er emploi. Le Département a su mettre en place en 2020 des mesures de protection des plus fragiles et nous les avons soutenues unanimement tellement elles étaient de bon sens. S’agissant d’une des missions premières du Conseil Départemental à savoir la gestion du RSA, il faudra, selon nous, passer à une étape supérieure et plus ambitieuse parce que plus solidaire. Faut-il nationaliser le RSA comme en Seine Saint-Denis ? Le débat est ouvert et il est légitime. Doit-on expérimenter, comme nous vous le proposons dans un vœu à l’instar d’une vingtaine de départements de France, un R.S.A élargi au 18-25 ans ? Nous le pensons fortement. Mon 3ème et dernier vœu c’est celui ayant trait à l’indispensable revitalisation de notre démocratie locale. Nous constatons toutes et tous la montée de la défiance à l’égard des institutions. Longtemps cantonnée au niveau national, elle atteint dorénavant le plan local. Constater une abstention qui dépasse maintenant couramment les 50 % ne peut nous satisfaire. L’année 2021 est aussi une année électorale avec un rendez-vous fixé pour les Conseils Départementaux en Juin. Certains pensent qu’en lui-même ce processus électoral suffit à dire que nos institutions fonctionnent du point de vue démocratique. Nous ne le pensons pas. Il faudra concevoir parallèlement à l’existence de notre démocratie représentative, de multiples outils favorisant la démocratie participative. Elire des Conseillers Départementaux, une fois tous les 6 ans est devenu aux yeux de nos concitoyens insuffisant et insatisfaisant. J’en viens rapidement au point principal de notre ordre du jour de cette session : le D.O.B 2021. Nous entrons effectivement dans un nouveau cycle budgétaire après cette année 2020 si perturbée. Quand retrouverons-nous des eaux plus paisibles pour conduire avec plus de sérénité un budget que je n’ose qualifier de normal ? Difficile à dire. La crise économique sera probablement longue, certains experts indiquent que nous retrouverons le niveau de 2019 en 2023 voire 2024. Comme je l’indiquais plus haut, profitons de cette crise pour ne pas se contenter de reproduire le modèle économique libéral dont on connaît tous les failles et les immenses manquements. La recherche du profit à court terme, l’accumulation d’immenses fortunes souvent injustifiées, une théorie du ruissellement dont on sait aujourd’hui qu’elle est une escroquerie intellectuelle et politique, une coupable indifférence aux injustices sociales et aux discriminations de toutes sortes et enfin une inertie tout aussi coupable vis à vis du réchauffement climatique. Oui il y a bien là des impasses dans lesquelles se retrouvent nos économies dites modernes. Vous allez probablement me dire ou en tout cas penser, mais quel est donc le rôle d’une collectivité locale en l’occurrence un Conseil départemental dans la contribution à la résolution de ces immenses problèmes. Lorsque l’on dispose d’un budget de près de 800 millions d’euros, on a effectivement des moyens d’agir. Nous ferons nos contre-propositions budgétaires lors de notre session de Février mais d’ores et déjà nous avons identifié quelques pistes. Les contraintes extérieures, les incertitudes économiques, nous entraînent, comme vous, à fixer les recettes prévisionnelles au niveau où vous les avez arrêtées. (les D.M.T.O notamment ont cette fois-ci été placés à un seuil réaliste). Donc notre raisonnement se fera, non en dépenses supplémentaires, mais en redéploiement par un choix de priorités différentes. En fonctionnement d’abord, nous souhaitons que l’on expérimente comme il est dorénavant possible, notre demande, je le redis, de l’élargir le R S A aux 18-25 ans. Nous devrions par ailleurs repenser largement le PDI-PTI arrêté il y a 2 ans mais déjà obsolète eu égard aux bouleversements que connaît notre économie. Dans ce cadre, nous souhaitons que l’action TERRITOIRE ZERO CHOMEUR soit élargie à d’autres communes après Colombelles, prioritairement dans des communes qui comportent des Q P V. Nous pensons qu’il faut explorer davantage les possibilités de l’Economie Sociale et Solidaire pour trouver des possibilités d’insertion aux allocataires du R S A. En investissement sur un total de 147 millions d’euros, nous considérons que les équilibres que vous avez déterminé entre solidarités humaines (13 %), solidarité des territoires (50 %) et attractivité (27 %), doivent être revus au bénéfice des solidarités humaines. Ceci pour 2 raisons, la 1ère c’est qu’il s’agit là de notre cœur de métier, et la seconde c’est que les temps difficiles qui nous guettent exigent davantage encore de solidarité. A l’intérieur de l’axe SOLIDARITES HUMAINES, il nous faut aller plus loin et plus fort sur le plan de modernisation des EHPAD et comme l’indique le rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur le fonctionnement de la MDPH, il faut combler une partie de notre retard en matière de places en établissements pour personnes en situation de handicap. Mes collègues membres de la commission des finances préciseront les choses évidemment. Oui les défis qui se dressent devant nous, les attentes de nos concitoyens sont importants et certains pourraient être tentés de se poser la question : notre échelle territoriale, nos moyens sont-ils adaptés pour y répondre ? Je suis de ceux qui pensent sur ce point qui faut toujours avoir à l’esprit l’allégorie amérindienne de la part du colibri que vous connaissez probablement. Faire nôtre cette part du colibri, c’est mon dernier vœu pour 2021. Il est en même temps le plus important puisque le plus porteur d’espoir. Oui nous souhaitons que notre Département apporte sa part du colibri à l’amélioration des conditions de vie des calvadosiennes et des calvadosiens. Si, collectivement, nous y contribuons, nous n’aurons pas perdu notre temps.

Je vous remercie de votre attention.

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