Session du 3-5 février 2021 – Discours de G. DETERVILLE

Monsieur le Président, cher(e)s collègues,

Nous voici réunis pour 3 jours pour débattre essentiellement de l’affectation de près de 800 millions d’euros constituant le B.P de 2021, le dernier de votre mandature. Nous pourrions profiter de l’occasion pour faire un bilan plus général de votre action, mais cette année plutôt que strictement présenter des amendements à ce B.P, dont on sait à l’avance que vous les rejetterez comme les années précédentes, nous présenterons nos grandes orientations, parfois reprenant des propositions réitérées mais toujours aussi pertinentes à nos yeux. Mes collègues souligneront au fil de ces 3 jours les points d’insuffisance de vos propositions budgétaires. Votre budget devrait être naturellement un budget de transition parce qu’il faut tenir évidemment compte du contexte extraordinaire difficile que notre pays traverse. En effet, après une année 2020 qui, hélas, restera dans les mémoires comme l’une des années le plus sombres depuis 75 ans pour notre pays, et une année 2021 qui s’annonce elle aussi comme particulièrement rude, la seule question à laquelle nous devons répondre est bien celle-là : comment actionner au mieux les leviers qui sont à notre disposition pour faire en sorte que 2021 soit moins rude pour nos concitoyens. Vous y apportez vos réponses et par l’intermédiaire notamment d’Edith Heuzé membre de la commission des finances, nous vous indiquerons quels auraient été nos choix si nous dirigions ce département. Mais avant tout, comme après chaque crise, peut-on d’ores et déjà collectivement tiré quelques enseignements pour l’avenir au cas malheureusement probable où d’autres pandémies surgissaient ? D’abord reconnaitre que l’Etat-Providence tant décrié par les économistes libéraux a fait face et a permis au Président de la République de dire dès le mois de Mars 2020 qui fallait agir budgétairement « quoiqu’il en coûte ». Les vieilles lunes sur les soi-disant 3 % de déficit public ou les 100 % de la dette non dépassables ont vécu. D’autres pays dans le monde ont des déficits publics plus importants que le nôtre sans être en faillite. La comparaison avec un ménage ou une entreprise est en effet sans fondement puisque l’Etat lui est durable pour ne pas dire éternel. Je ne veux pas ici entrer dans les débats entre spécialistes, mais je partage les thèses des Economistes atterrés sur la dette publique. Second enseignement de cette crise atypique, la nécessite d’aller plus loin et plus fort dans la Cela pourrait, puisqu’il ne se passera plus rien de décisif d’ici la fin du quinquennat, être le chantier principal du prochain Président de la République. Troisième enseignement, l’extraordinaire creusement des inégalités dans le monde et dans notre pays. Les milliardaires ont déjà retrouvé leur niveau de richesse d’avant COVID, en amassant 3 900 milliards de dollars de richesse en 2020 tandis que 200 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté. Pour illustrer ce fait que le monde marche sur la tête et que les choses ne pourront pas continuer ainsi sans que les révoltes montent, je vous rappelle que Jeff BEZOS l’homme le plus riche du monde aurait pu avec les seuls bénéfices d’AMAZON réalisés entre Mars et Septembre, verser une prime de 105 000 dollars à tous ses salariés soit 870 000, tout en restant aussi riche qu’il était avant la pandémie. Mais revenons en France et plus précisément dans le Calvados où la pauvreté monte avec un taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté qui approche les 20 %, avec près de 10 % des travailleurs qui ont basculé eux aussi dans la précarité pour ne pas dire la pauvreté. Le nombre de dossiers de surendettement est en forte augmentation, et les Restos du Cœur ou autres associations caritatives, telles la Banque alimentaire, n’ont jamais été aussi fréquenté. Ici, nous sommes toutes et tous des humanistes et personne ne saurait évidemment être insensible à ces questions. Il nous faut donc proposer un budget à la hauteur de ces enjeux et des attentes angoissées de beaucoup de nos concitoyens, d’autant que la situation financière de notre département le permet, nous pouvons en quelque sorte intervenir nous aussi « quoi qu’il en coûte ». Après l’Etat -Providence, le Département-Providence Ce qui nous permet de la dire et la fin de 2020 l’a illustré avec votre Plan de relance sociale que je préfère nommer Plan de soutien social, c’est par exemple votre sous-estimation plusieurs années de suite des DMTO. Mais faire face à la crise sociale, ce n’est pas seulement prévoir l’augmentation des allocations de solidarité, ce qui est pour nous une obligation légale, mais d’instaurer dans la durée un véritable Bouclier social pour les calvadosiens, c’est à dire un Pan de soutien social qui devra perdurer probablement plusieurs années. Oui de nombreux calvadosiens sont de plus en plus fragiles et le Conseil Départemental dont c’est la mission principale doit être au rendez-vous. De ce point de vue il faut, nous y revenons encore, lutter plus fortement contre le non- recours aux droits, soutenir financièrement celles et ceux qui doivent sauter un repas pour que leurs enfants mangent, celles et ceux qui n’ont pas accès au système de soins particulièrement en cette période de pandémie, celles et ceux qui ne trouvent pas les moyens de se chauffer correctement (d’où une indispensable accélération dans la rénovation énergétique du parc social d’abord). Je pourrais rallonger cette liste car nous rencontrons toutes et tous dans nos cantons des femmes et des hommes qui nous interpellent sur ces questions. Vous aimez à répéter et c’est vrai que notre département est beau, riche en patrimoine et en espaces naturels, mais derrière cette carte postale, existe au verso un autre Calvados qui a plus que jamais besoin de nous. C’est pourquoi, nous réclamons l’expérimentation du revenu de base inconditionnel ouvert aux 18 25 ans comme en Gironde, l’augmentation plus nette de l’enveloppe dédiée au F S E et au F S L pour faire face aux factures d’énergie ou de loyer comme en Seine St Denis la mise en place d’un fonds de soutien des EHPAD pour les aider à faire face à l’augmentation des dépenses d’équipement et de personnels liée à la crise comme dans la Sarthe. Certains départements le font avec pourtant une situation financière parfois moins bonne que la nôtre, alors pourquoi pas nous ? Votre mantra quant à la maîtrise de l’endettement que nous contestons doit être revu à l’aune de la situation sociale du Calvados. Pour terminer après avoir indiqué ce qui d’après nous doit être nos priorités pour répondre à la crise sociale, je souhaite plus brièvement intervenir sur deux autres aspects de la crise générale que nous traversons : la crise environnementale et la crise démocratique. Sur la crise environnementale, nous savons tous que nous sommes engagés dorénavant dans une course de vitesse pour faire en sorte que le réchauffement climatique soit enrayé. Les collectivités locales ont leur rôle, bien sûr, à jouer dans ce cadre. Nous avons observé avec intérêt que cette année dans votre présentation budgétaire, répondant à nos observations, vous avez fait l’effort de souligner les mesures qui vont dans le sens d’une politique plus volontariste en matière de transition écologique. On peut certainement faire mieux encore et en terme de lisibilité pourquoi ne pas présenter un Budget vert comme vient de le faire votre collègue et ami le Président du Conseil Départemental de la Mayenne ? Toute politique a en effet 3 types de conséquences : soit elle est négative du point de vue de cette transition, soit elle est positive soit elle est neutre. Du point de vue pédagogique et de la citoyenneté, je pense que nous pourrions tirer avantage à cette méthode. La 3ème crise que nous traversons, c’est la crise démocratique illustrée par de nombreux indices, le taux d’abstention qui augmente élection après élection, n’étant pas le seul. Je ne veux pas ici dévoiler ce qui sera un des axes de notre programme pour le prochain mandat. Plusieurs mesures concrètes peuvent contribuer à restaurer la confiance de nos concitoyens dans la chose publique, j’en évoquerai une seule, c’est la mise en place d’un budget participatif comme le fait le Gers. Depuis de nombreuses années depuis que j’en suis le Président, notre groupe a fait preuve de responsabilité et a toujours cherché à être constructif. Nous sommes une opposition proposante comme j’aime à le dire souvent. Elle le restera, soyez en convaincu tout au long de ces 3 jours. Je vous remercie.

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