Session du 28/09/2020 – Intervention d’A. CASINI sur le plan départemental de relance sociale

Monsieur le Président, Mes cher(e)s collègues, Comme vous l’avez dit, la période que nous vivons est en tout point exceptionnelle. Je ne parle pas de la gravité de la crise, mais de ce en quoi elle est révélatrice : dysfonctionnement de l’Etat, hyper-sensibilité de notre société à l’idée du risque, état alarmant de l’état de notre jeunesse. Notre jeunesse a payé un lourd tribu à l’hyper réaction de notre société à la crise Je pense : – au confinement généralisé de notre population face à une épidémie de qui pour l’essentiel touchent les plus âgées et les plus fragiles d’entre nous. – à l’arrêt brutal de l´activité économique de notre pays et au plongeon sans précédent de notre croissance depuis la seconde de guerre mondiale ( -17% au 1er trimestre). Je pense enfin et surtout à ces centaines de milliers de personnes qui viennent de basculer, dans la crainte: la précarité, la pauvreté ou simplement la peur de ne plus pouvoir dans les mois à venir rembourser leur emprunt ou régler leur loyer, subvenir aux besoins de leurs enfants. Face à drame, qui a bien des égards s’apparente à un effondrement, les collectivités et notre Département ont pris dans l’urgence, et aujourd’hui dans le cadre du plan de relance un certain nombre de dispositions complémentaires à ceux de l’Etat, je pense en particulier en direction des travailleurs non-salariés. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Vous nous proposez aujourd’hui un dispositif en direction des jeunes, nous avons raison d’avoir un regard particulier à leur égard. Dans un département, une capitale régionale qui vit aussi au rythme de son université et de ses étudiants, la fermeture de nos écoles, collèges, lycées, universités, a été vécue comme une épreuve et une année perdue. Ils étaient hier confinés comme nous, mais à un âge où il est plus douloureux de l’être. Les voilà aujourd’hui bridés dans leurs libertés, comme nous mais à un âge où il est plus douloureux de l’être. Nous avons déjà plusieurs décennies de vie sociale derrière vous, voir moins ses amis et ne pas avoir l’occasion de faire de nouvelles rencontres n’est pas viscéralement pesant. Le manque est désagréable, mais il n’agit pas perversement sur le devenir. Lorsque par contre vous appartenez à cette tranche d’âge qui va de la fin de l’adolescence au début de l’insertion professionnelle, la situation est plus douloureuse. C’est sans doute la période de la vie où l’autre est le plus important. Non pas la mère, le père, les membres de la famille ou les anciens amis. Mais autrui l’inconnu, autrui rencontré par hasard et qui ouvre des mondes différents, autrui la nouveauté. Il n’est pas étonnant que ce soit parmi les plus jeunes, que certains commencent à comprendre le sens des mots “jeunesse volée”. Il faut donc rendre hommage à leur solidarité. Notre jeunesse s’est également engagée, et je veux, comme vous, rendre hommage à leur dynamisme, et à leur sens indéniable de l’engagement collectif. Parmi les 300 000 personnes qui se sont spontanément portées volontaires au travers de la plateforme de la réserve civique, 40 % avaient moins de 30 ans. 58 000 jeunes en service civique ont transformé leur mission pour contribuer à l’effort national contre la pandémie. Et c’est pourquoi ils méritent beaucoup d’égards. Car avant même que cette crise ne surgisse, nous leur devions beaucoup. Bien avant la crise, les statistiques démontraient que le taux de pauvreté chez les 18-29 ans étaient 4 fois supérieurs au plus de 60 ans En 20 ans, la pauvreté a augmenté de 50 % dans cette tranche d’âge. Ce n’est pas sans poser une question majeure sur la hauteur de la solidarité de la nation à leur égard. Que devons-nous faire? 1/ Le revenu de solidarité active (RSA) pourrait être un filet de sécurité salutaire dans cette période, même s’il est évidemment loin d’être suffisant et qu’il ne peut pas constituer un horizon. Or, depuis des décennies, la majorité est fixée à 18 ans. À cet âge, les jeunes peuvent voter, être salariés, ils doivent payer des cotisations et des impôts, et j’en passe, mais ils se voient toujours refuser l’accès essentiel à ce volet de la solidarité nationale. Je rappelle qu’un grand chantier a été ouvert, celui du revenu universel d’activité (RUA), pour revoir la manière dont on accompagne les plus précaires de notre pays. La question des jeunes en fait pleinement partie. Les travaux vont se poursuivre, mais on sait que le revenu universel d’activité doit être mis en place à l’horizon de 2023. 2/ Mais vous l’avez dit, chaque fois que survient une crise économique – cela a été vérifié en 2008 et en 1993 –, les premiers touchés et ceux qui le sont les plus durement sont les plus vulnérables et, parmi eux, il y a les jeunes, quel que soit, d’ailleurs, leur niveau de qualification. Deux chiffres résument, à eux seuls, l’importance du débat que vous nous proposez aujourd’hui : 550 000 jeunes de moins de 25 ans sont actuellement au chômage et 700 000 jeunes sont arrivés sur le marché du travail ce mois-ci. Dans son dernier communiqué de presse, l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) observe une chute de 69 % des offres d’emploi destinées aux jeunes diplômés par rapport à l’année dernière. Le paradoxe est donc que les jeunes, largement épargnées par la crise sanitaire, risquent d’être les premières victimes de la crise économique et sociale qui va suivre. J’en arrive à votre proposition proprement dite. Vous proposez de verser aux primo-entrants une allocation de 250 euros mais, réservée aux seuls diplômés. Votre proposition élimine de fait celles et ceux, ils sont environ un millier dans notre département, sortis sans diplôme. Ce serait donc une forme de double peine pour un public de jeunes issus très souvent de milieux défavorisés et qui sans diplôme ont beaucoup de mal à trouver un emploi. Nous vous demandons donc de retirer la condition du diplôme et d’étendre cette mesure à tous les jeunes Calvadosiens sortis du système scolaire en juin dernier et actuellement en recherche effective d’emploi. Claude Picart, à l’Insee, livre une analyse sans concession de l’effet des diplômes sur l’insertion professionnelle dans le dernier rapport « Emploi, chômage et revenus du travail » de l’agence publique. « Parce qu’ils sont de moins en moins nombreux, les jeunes peu ou pas diplômés sont de plus en plus marginalisés sur le marché du travail ». Depuis des décennies, le niveau de diplôme des jeunes Français augmente. Alors qu’en 1982 plus de la moitié des personnes sur le marché du travail (travailleurs, chômeurs et inactifs) était titulaire au maximum d’un brevet des collèges, cette part de peu ou pas diplômés a été divisé par trois. De la même façon, en 1982 seuls 21 % des participants au marché du travail avaient un diplôme supérieur au BEP, tandis qu’en 2018, 60 % sont dans ce cas. À lire aussi : Sauf qu’ « avec l’élévation générale du niveau d’éducation, chaque diplôme protège de moins en moins du non emploi contraint », détaille l’Insee. On assiste à un phénomène d’éviction : les embauches qui jusque-là demeuraient accessibles aux jeunes peu ou pas diplômés préfèrent désormais prendre des jeunes diplômés. Lesquels se retrouvent alors victimes d’un « déclassement ».

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