Session du 28/09/2020 – Discours de G. DETERVILLE

Monsieur le Président, cher (e) s collègues,

Cette rentrée est la rentrée de biens des périls. La crise sanitaire du COVID 19 est loin d’être jugulée, la crise économique qui en découle s’annonce profonde avec son train de licenciements massifs provoqués parfois, hélas, par certains patrons-voyous et la crise sociale qui elle-même en sera la conséquence s’avèrera très dure. Face à ces défis, l’actuel gouvernement tente de colmater les brèches de l’édifice France et a annoncé bien tardivement un plan de relance insuffisant et qui est, hélas, mal équilibré, tout dédié à l’offre et très peu à la demande. Insuffisant, il l’est car même si 100 milliards d’euros peut paraître une somme importante, ce ne représente que moins de la moitié de la baisse constatée du PIB de notre pays. Il est par ailleurs bancal et ne consacre qu’une part très marginale à la lutte contre la pauvreté (moins de 1 %). Le logement notamment HLM, secteur essentiel tant en terme économique que social, est largement oublié dans ce plan. Ce n’est pas le lieu, ici ni le moment d’approfondir nos critiques qui sont pourtant celle de nombreux acteurs de la vie sociale, syndicale ou politique de notre pays. Toutefois il faut bien mesurer que ce plan de relance est un plan d’insuffisances. • Il est insuffisant sur le plan social. Le gouvernement refuse de soutenir le pouvoir d’achat des Français qui a été pourtant amputé par la crise et qui a connu donc au 2 ème trimestre 2020 sa plus forte baisse depuis 1949, entraînant évidemment la baisse de la consommation intérieure. Nous avons évidemment besoin d’une relance par la consommation car nous devons inciter les français à consommer local et durable. Le gouvernement refait la même erreur que celui de Nicolas Sarkozy en 2008. Alors que nous craignons la suppression de 800 000 emplois cette année, le gouvernement se fixe un bien modeste objectif de créer 160 000 emplois en 2021. • Il est insuffisant aussi sur le plan de la justice et de l’équité. Le gouvernement apporte une aide massive aux entreprises, via la baisse des impôts de production. Il faudrait conditionner ces aides de l’État à un comportement éthique des grandes entreprises : non-versement de dividendes, respect des enjeux environnementaux, non établissement dans un paradis fiscal. Monsieur le Président, votre responsabilité c’est de mettre en œuvre en effet au niveau de notre Conseil départemental des politiques pro-actives et innovantes pour amortir le choc économique et social que va connaître notre département. De ce point de vue le prochain budget 2021 que vous préparez sera décisif au-delà des effets d’annonces de cette session. Vous nous dévoilez quelques pistes dans ce que vous appelez votre PLAN de RELANCE SOCIALE mais nous craignons que l’effort soit insuffisant. Fidèles à notre méthode nous proposons cinq axes d’intervention dans le cadre d’un plan de relance calvadosien. D’abord, concentrons-nous sur nos compétences de base, avant d’intervenir sur des chemins de traverses. Ces compétences sont évidemment celles concernant les solidarités, sur lesquelles nous sommes effectivement particulièrement interpellés. 1) Chacun sait que le 4ème âge dépendant paye un lourd tribu dans nos EPHAD, les agents qui leur viennent en aide dans les difficiles métiers de l’aide aux personnes ont été fortement sollicités et il était attendu de leur verser enfin une prime tant méritée. Il faut donc mettre en œuvre un vaste plan de soutien à l’investissement dans les EHPAD afin de lutter contre l’isolement et maintenir les liens familiaux et affectifs dans des espaces adaptés et conviviaux. Les Etablissements et services accueillant des personnes âgées relevant de la compétence conjointe ou exclusive du Département et habilités à l’aide sociale seraient concernés. Nous pourrions ainsi aider des projets d’adaptation ou de rénovation des espaces collectifs, l’achat/création de parois amovibles, du mobilier adapté, la création de préaux pour favoriser l’usage des espaces extérieurs … Nous pourrions soutenir utilement les équipements permettant de lutter contre l’isolement : tablettes numériques, installation d’un réseau permettant une connexion à distance… Nous devons aussi refléchir à aider au développement des EHPAD hors les murs. Les agents des SAAD, comme nous l’avions réclamé dès le mois de mai, vont enfin percevoir une prime qui ne devrait être, en effet, considérée que comme le début d’une reconnaissance nationale qui doit passer par une revalorisation salariale significative de ces métiers de l’aide à la personne. 2) S’agissant du soutien que l’on doit aux séniors et aux personnes en situation de handicap, nous pourrions être plus prévoyants en créant des stocks de masques de façon préventive afin de ne pas, si l’on devait être confronté à une seconde vague du COVID, dans la situation du printemps dernier où de nombreux professionnels se retrouvaient sans masque. Une réserve de 100 000 masques apparaîtrait pleinement justifiée. La question des masques a en effet été obsessionnelle depuis 6 mois. Les départements ont pris des initiatives, c’était logique et attendu face à l’inertie de l’Etat. L’Hérault, par exemple, a fédéré les communes du Département pour fournir à chaque Héraultais, qu’il soit urbain ou rural, deux masques textiles de catégorie 1 lavables et réutilisables. 2,5 millions de masques ont été ainsi été commandés. Les premières livraisons ont eu lieu dès début mai. Le coût total de 10 millions d’euros a été pris en charge à hauteur de 5 millions par le Département. La Région apporte une contribution de 30 %. Dans le cadre des excellentes relations que vous entretenez avec la Région, il est regrettable qu’une telle solidarité n’ait pas pu voir le jour. Il restait donc 20 % de participation pour les communes. Par ailleurs ce même Département a assuré la livraison de ces masques dans les communes y compris dans les plus petites. 3) Toujours dans le domaine de la solidarité, notons cette initiative innovante de plateforme solidaire pour tous les Héraultais Baptisée herault.fr/solidaires34, elle permet de recenser et partager toutes les idées, les services, les aides disponibles dans tout le territoire. Elle compte des centaines de propositions de services (conseils informatiques, formations culinaires, soutien psychologique etc) ou de livraison de petits producteurs. Faisons confiance à la créativité citoyenne et ne prétendons pas tout penser depuis le sommet. Le retour sur le chemin du collège a été délicat et trop d’élèves ont décrochés. De plus, on le sait les inégalités entre familles se sont creusées. 4) C’est pourquoi, pour tenir compte de la situation financière dans laquelle se trouvent de nombreuses familles à cause de la crise actuelle, nous proposons une aide aux repas pour que le prix descende à 1 euro sous conditions de ressources. Une nouvelle fois, l’INSEE l’a relevé que les inégalités se sont encore davantage creusées depuis 3 ans avec une amplification récente. C’est un constat sur lequel personne ne peut fermer les yeux. Le summum des injustices étant cette statistique glaçante qui nous a appris que plus de 1 400 enfants dorment dehors la nuit dans la 6ème puissance économique mondiale. Cette crise d’ampleur inégale depuis la seconde guerre mondiale va toujours, nous le savons, toucher plus particulièrement les jeunes. Cette thématique est d’ailleurs l’objet de notre tribune du dernier numéro du Journal du Calvados. Oui il va nous falloir prendre en compte plus et mieux la situation inquiétante voire dramatique de nombre de nos jeunes entre 18 et 25 ans. A ce sujet, la nécessité d’ouvrir le droit au R.S.A dès 18 ans va à nouveau et plus fortement encore qu’avant se poser. Vous commencez à y apporter une réponse bien insuffisante, bricolée et très conjoncturelle, alors que la précarité des jeunes dans notre pays est hélas structurelle et appelle donc des réponses d’un autre niveau. 5) Dans le domaine économique, sur lequel nous ne pouvons intervenir qu’à la marge, là aussi il convient de se concentrer sur un nombre limité mais essentiel de secteurs. Le Département pourrait intervenir en faveur des professionnels de la pêche et la conchyliculture par l’exonération de taxes et redevances. Il faut absolument en effet maintenir le niveau de ressources des professionnels touchés et préparer « l’après » crise. Je ne peux pas être exhaustif mais, nous n’oublions pas bien sûr les secteurs du tourisme et de la culture qui ont été incontestablement très impactés depuis 6 mois. Notre département n’y échappa pas même si selon les « pays » qui forment le Calvados, cet impact n’a pas été de même importance. Le navire Calvados va tanguer comme celui de autres départements de France. Vous en êtes le capitaine et nous souhaitons toutes et tous qu’il traverse cette épreuve dans les meilleures conditions. Notre groupe, par les propositions qui fait et qu’il complétera à l’occasion du DOB et du BP 2021, souhaite être entendu dans l’intérêt supérieur de toutes les calvadosiennes et tous les calvadosiens. Je vous remercie.

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