Session du 23 novembre 2020 – Discours de G. DETERVILLE

Monsieur le Président, Cher (e) collègues, Nous voici réunis pour notre session trimestrielle d’automne habituellement consacrée à la D.M N °2 dans un contexte de crise sanitaire persistante. Cette crise devenue économique est une crise dure et sûrement durable et la crise sociale qui en découlera le sera probablement davantage. Dès maintenant les chiffres nationaux sont alarmants : je ne veux en retenir que deux : 10 millions de français sont considérés comme pauvres et 300 000 de nos concitoyens sont sans-abris (un doublement très inquiétant en moins de 10 ans). Ces deux chiffres sont scandaleux et ne font pas honneur à notre pays qui est quoiqu’on en dise un pays riche. Certains, nous le savons, vont parler de fatalité ou de conjoncture particulièrement négative. Ces 2 arguments sont faux et surtout cyniques. Aucune fatalité dans cette détresse humaine, simplement et tragiquement, une absence de volonté politique d’y mettre fin. Nous savons à l’avance, vos arguments selon lesquelles le Conseil départemental n’est pas responsable de cette misère et que c’est à l’Etat principalement d’agir. Pourtant parce que l’actualité l’exige, vous allez nous présenter une série de mesures à caractère social destinée à amoindrir les difficultés d’une partie des calvadosiens : un plan de relance social que je préfère appeler plan de soutien social, ce qui me semble être plus adapté. Nous approuverons ces mesures naturellement, tellement elles sont évidentes. Mais nous ferons toutefois 2 remarques : – la première c’est bien sûr d’observer que ce sont les 10 millions de DMTO que vous réinscrivez qui vous permettent ce soutien social tant attendu. Nous n’avons jamais cru au Père Noël mais nous avons toujours cru à un niveau crédible de DMTO (les faits nous donnent à nouveau raison) ; – la seconde c’est que nous présenterons des mesures complémentaires afin qu’il n’y ait pas ou le moins possible de trous dans la raquette de la solidarité. Nous observons d’ailleurs que certaines de vos propositions d’aide reprennent celles que nous avions faites, je pense notamment à celles en direction des jeunes dont on sait qu’ils seront les principales victimes de la crise, sachant bien évidemment qu’il n’y a pas que les étudiants et les jeunes diplômés qui sont parfois en situation de détresse sociale. Nous reprendrons par ailleurs la proposition faire en Septembre sur la question du non-recours aux droits sociaux. Cette question avait été largement pointé du doigt dans le Plan de lutte contre la pauvreté du précédent quinquennat et des avancées avaient été faites avec les rendez-vous des drois organisés par les C.A.F mais il faut aller plus loin Dans l’attente d’une reforme législative portée par le sénateur Temal et soutenue par notre collègue Féret visant à rendre automatique tout déclenchement de demande de droits. L’autre point important de cette session, c’est la présentation du nouveau Schéma départemental de l’Enfance dont le moins que l’on puisse dire est qu’il était attendu et qu’il a pris beaucoup de retard dans son élaboration. Ce dossier très important au cœur d’une des missions les plus nobles mais aussi les plus délicates d’un Conseil départemental n’est d’ailleurs pas sans rapport avec la question de la pauvreté. On sait que dans ce domaine la reproduction des situations notamment de maltraitance touche davantage les familles défavorisées. On sait aussi que ¼ des S D F sont des hommes et des femmes qui ont eu dans leur vie contact avec l’A S E. Nous n’approuverons pas en l’état ce nouveau schéma de l’Enfance qui présente des manquements ou des imprécisions. Mes collègues préciseront naturellement nos arguments et notre vote final sera fonction des réponses que nous obtiendrons du rapporteur. Les autres dossiers qui appelleront des demandes de précisions concernent les rapports annuels des S.E.M, des D S P et des organismes H.L.M puisque pour ces derniers, on commence à voir les conséquences négatives de la loi ELAN. Au-delà des dossiers du jour, je souhaite conclure ma brève intervention sur les perspectives de 2021 qui s’annonce sombre avec une prévision de croissance qui vient d’être revue à la baisse et une très probable forte augmentation du chômage. Vous préparez bien sûr le Budget 2021 avec toutes les incertitudes de conjoncture économique et celles liées à la politique du gouvernement vis à vis des départements. Nous reconnaissons que ce travail n’est pas aisé. La situation de beaucoup de nos concitoyens sera si fragile que le département doit se montrer encore plus pro-actif que jamais. Au moment où vous élaborez vos budgets 2021, nous souhaiterions que vous réfléchissiez à inscrire une enveloppe spécifique visant à doter notre collectivité de plusieurs milliers de doses de vaccins anti-covid pour les publics les plus fragiles comme cela a été fait pour se doter de masques. Ces publics pourraient être nos agents les plus exposés, les aides à domicile, les assistantes maternelles, les sapeurs-pompiers et plus largement d’autres personnels relevant de nos champs de compétence. Oui la solidarité si mal prise en compte dans le plan de relance de l’Etat devra trouver des nouvelles formes de réponses au-delà des mesures conjoncturelles que vous nous présentez aujourd’hui. Des outils innovants existent ; je pense par exemple à la politique dite des Territoires ZERO chômeur telle que mise en œuvre depuis 3 ans sur Colombelles et qui suite à des décisions récentes peut être élargie à d’autres communes ou quartiers. D’une façon plus générale, toute action de prévention doit davantage être soutenue depuis la protection de l’enfance jusqu’à celle des ainés à domicile ou en établissement. La crise sanitaire actuelle a malheureusement mis en lumière les mauvaises conditions de vie dans beaucoup d’EHPAD de notre pays. Cette forme de prise en charge n’est pas toujours respectueusement de la dignité des personnes en raison principalement d’un encadrement humain insuffisant. En matière d’équipement matériel, de locaux mais surtout donc de personnels, nous avons des efforts à faire et le département est attendu sur une de ces compétences fondamentales. Les seuls avantages des crises, qu’elles soient économiques, sociales, sociétales ou politiques, c’est qu’elles nous obligent à nous remettre en cause et à imaginer (pas seuls certes mais avec les forces vives de notre département) des solutions innovantes qui ne sont d’ailleurs pas obligatoirement plus coûteuses. Pour redonner confiance à nos concitoyens en l’action publique, je suis persuadé que c’est dans cette direction qu’il faut aller. Nous espérons que la prochaine loi 3D sur son volet expérimentation nous permettre d’y parvenir. Je vous remercie de votre attention.

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