Intervention de Bertrand HAVARD – Bilan annuel du schéma départemental de la politique culturelle

M. le Président, chers Collègues, Comme à chaque fois, parce que ce domaine est passionnant, je souhaite commenter le rapport sur le bilan de votre schéma départemental de la politique culturelle. Cette année est bien particulière et vous avez judicieusement choisi de faire référence aux trois années écoulées, l’année en cours étant si particulière. C’est pourtant par cette année 2020 que je commencerai mes propos. L’épidémie causée par le virus Covid-19 a été et continue d’être, en premier lieu, dramatique en terme de bilan humain et c’est bien sûr à cela que nous devons penser en premier. Elle porte aussi un coup très dur au monde de la culture dont les répercussions seront encore sensibles à moyen terme. Même si des dispositifs de sauvegarde du statut d’intermittence, de chômage partiel et d’aides financières auront permis de limiter les dégâts, il est à craindre que les petites structures auront du mal à s’en remettre. Je citerai l’exemple d’un jeune festival « Lilie’s creatures» que nous voulions aider pour sa deuxième édition dont on vient d’apprendre qu’il est mis à l’arrêt. Les porteurs de ce projet sont aujourd’hui tous au RSA et en recherche de boulot… L’avenir est compliqué. Entre les compagnies qui devaient montrer leur travail à Avignon cet été et qui, du fait de son annulation, n’auront pas de date pour les produire et celles qui verront l’horizon se boucher par les reports successifs des spectacles de deux saisons amputées, c’est tout un pan de la création, le travail de fond des compagnies qui est à mal et cela compromet leur avenir. Dans ces conditions l’aide que vous avez décidée pour les structures en difficulté est une très bonne mesure. La présentation du schéma est bien sûr très positive et à le lire, on a le sentiment que tout est fait et même parfait ! Bien sûr, il y a de réelles avancées que j’avais déjà relevées l’année dernière. Vous vous en étiez presque surpris. Pour ma part, je pense qu’un élu d’opposition se doit de reconnaitre ce qui est positif mais aussi de dire les omissions, les manquements ou améliorations dans un esprit constructif. Alors commençons par le meilleur. – 11 EPCI et 2 communes nouvelles ont contractualisé, c’est un de plus que l’année dernière. 12 professionnels recrutés pour coordonner les politiques culturelles, c’est très bien. – Très bien également, l’appui du département au dispositif soutenu par la DRAC “Territoires ruraux, Territoires de culture” qui permet, à ces territoires éloignés de lieux professionnels, de bénéficier de propositions relevant d’esthétiques très variées. Vous savez combien je suis sensible à l’accès de tous à la culture et plus spécialement en milieu rural. – Pour ce qui est de l’accès au spectacle vivant, je note que les saisons se sont développées et c’est tant mieux. Reconnaissez qu’à part à Cœur de Nacre avec C3 le cube, partout ailleurs les CDC ne sauraient se passer des services départementaux pour leur expertise en matière de programmation notamment. Ces saisons qui avaient vocation initialement à se passer du département dès 2018, existent et s’améliorent en s’appuyant sur nos services. Je continue à penser que cet apport est indispensable, qu’il garantit le professionnalisme des propositions et permet des saisons de spectacle à moindre coût. Tout le monde y gagne. Continuons ainsi! – Le parc de matériel complète cet apport du département. Aucune collectivité ou presque n’étant en mesure de s’en passer. Là encore l’appui du département est indispensable. Les coordonnateurs recrutés sur ces EPCI qui avancent ont une charge très lourde et doivent coordonner tous les axes de la politique culturelle en tenant compte parfois d’un existant complexe. Ils ont parfois maille à partir avec les dualités existantes entre certaines communes. Le soutien et l’appui de notre service est alors essentiel. Il reste que, si des territoires ont bien progressé, parmi ceux dont on savait qu’ils seraient volontaires, d’autres sont encore à un stade peu avancé et vous n’en parlez évidemment pas dans le rapport. On pourrait parler de Normandie Cabourg Pays d’Auge. Cet EPCI a bien du mal à construire collectivement un projet culturel. On pourrait parler de Val es Dunes qui a tendance à patiner. On pourrait parler de la Vire au Noireau, de Lisieux Normandie, vaste territoire qui possède des équipements mais dont la mise en œuvre d’une politique culturelle équilibrée est compliquée. Ici comme ailleurs, je suggère que nous apportions une attention particulière aux efforts qui seront faits sur la médiation culturelle. Car, ouvrir un lieu, proposer un spectacle, offrir des ressources culturelles sont des conditions bien sûr indispensables. Mais donner des moyens aux actions culturelles de qualité qui vont ouvrir l’accès à la culture du plus grand nombre l’est tout autant. J’en viens à l’éducation artistique pour noter l’effet très positif qu’a eu l’aide à l’investissement pour l’achat de parc d’instruments proposé aux écoles de musique. Cela a permis l’essor d’orchestres à l’école et donc une éducation artistique élargie au public scolaire et non pas seulement aux enfants qui ont la chance d’être inscrits en école de musique. Là encore, je pense que nous pourrions utiliser un levier intéressant pour développer cet accès à l’éducation musicale en incitant et finançant des postes de dumistes à la manière de l’aide apportée aux postes de coordinateurs. Nous pourrions avoir comme objectif d’avoir à terme un dumiste dans chaque territoire. Ces personnels spécialisés pour intervenir en milieu scolaire seraient un atout supplémentaire pour offrir une éducation musicale au plus grand nombre. D’une manière plus générale, je réitère, comme chaque année, ma demande de prendre plus en compte les pratiques amateures. Elles sont essentielles et peuvent trouver leur accomplissement en les mettant en lien avec les pratiques professionnelles. Je profite de cette prise de parole sur ce sujet pour rendre hommage à un des grands acteurs de ces pratiques, fou de musique et plus particulièrement du chant choral qui nous a quittés. Il s’agit de Jacques Vanherle, qui fut un fondateur et acteur important de l’ODACC, un promoteur infatigable du chant choral, un militant acharné de la pratique amateure. La voix de cet ami, son enthousiasme communicatif et son engagement exigeant nous manquent terriblement. Je ne développerai pas tous les axes de cette politique au risque d’être trop long. Je terminerai mon propos en revenant sur le spectacle vivant. J’entends déjà Virginie Le Dressay me dire, comme à chaque fois, que la politique culturelle ne se résume pas au spectacle vivant. Je le sais mais pour avoir assisté à l’ouverture de saison de la Renaissance le 24 septembre ou bien celle de Pré Bocage Intercom le 25 septembre avec plus de 200 personnes, je peux témoigner de l’enthousiasme des spectateurs. Bien sûr les masques et une certaine distance étaient de rigueur mais il y avait un réel plaisir, après une longue période d’abstinence, de pouvoir à nouveau assister à un VRAI spectacle, avec de VRAIS artistes qui offrent le meilleur d’eux-mêmes. Cet enthousiasme collectif est à partager dans tous les territoires. Notre action et les choix politiques que nous faisons doivent avoir cet objectif en espérant que l’avenir redonnera rapidement l’occasion de vivre ces moments forts, indispensables à l’épanouissement de chacun. Je vous remercie.

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