Session février 2020 – intervention de Bertrand HAVARD sur retour à 90 km-h

Rapport B31a – Relèvement de la vitesse maximale autorisée sur les routes départementales (à mettre en parallèle du rapport annuel en matière de développement durable et de transition écologique)

M. le Président, Chers Collègues, Voilà le plus long dossier de notre session. Vous proposez de refaire passer à 90 km/h 515 km de nos routes départementales. C’est un choix important que n’ont pas fait la moitié des départements. Vous préférez ne pas prendre en compte les recommandations des services de l’Etat qui, il est vrai, sont telles qu’elles rendent quasiment impossible tout retour à 90km/h sur nos routes. Vous indiquez avoir organisé 6 réunions de concertation. J’ai personnellement participé à celle de mon secteur et j’ai émis à cette occasion plusieurs réserves sur certains tronçons que vous proposiez de remettre à une limitation de vitesse augmentée. J’avoue avoir été très interrogatif à la lecture des arguments que vous développez en page 205 sur les modifications de comportements qu’auraient induites le passage à la vitesse maximale autorisée à 80 km/h. Vous y indiquez les déplacements en convois qui inciteraient les conducteurs à engager un dépassement sans précaution suffisante. Vous parlez d’impatience des conducteurs derrière un camion dont les projections peuvent altérer la vision de celui qui le suit. Mais à 90 km/h le pb est le même. Enfin, vous indiquez que rouler à 80 km/h entrainerait une recrudescence de l’emploi du téléphone ou une perte d’attention ou encore une impatience due au temps de déplacement. Ces arguments me semblent très critiquables : je doute fort qu’un conducteur prêt à doubler dans n’importe quelle circonstance ou qui se permet de consulter son téléphone portable en conduisant change son comportement parce que la section de route sur laquelle il se trouve est limitée à 90 km/h au lieu de 80. Je reviens d’abord sur le temps de déplacement et les incidences d’une modification de la limitation de vitesse différente de 10 km/h. Cette différence c’est seulement 50 secondes de moins sur un parcours de 10 km. Même sur des tronçons comme celui de la RD 562 entre Boulon et Condé sur Noireau long de 33,6 km en admettant qu’on puisse y rouler à 90km/h constants contre 80 km/h constants, ce ne sont même pas tout à fait 3 minutes qui sont gagnées sur les 25 min de trajet. Alors sur la RD 579 le tronçon de St Gatien des bois à Tourville en auge long de 1,6 km, le gain ne sera que de 8 secondes ! Cela vaut-il le coût d’un changement de panneau ? Ce qui me surprend le plus dans ce dossier c’est qu’il y manque une variable pour juger de la bonne opportunité de changer la limitation de vitesse sur nos routes. Il y a la question essentielle de l’incidence sur les accidents et par là des bléssés et des morts qui en découlent. Mais il y a un autre argument. Alors que dans le rapport annuel en matière de développement durable et de transition écologique très intéressant que vous produisez et qui amène à réfléchir sur les indispensables efforts que nous devons tous faire sur la limitation des émanations de CO2, dans ce rapport sur la limitation de vitesse, vous ne dites pas que 10 km/h supplémentaires correspondent à une consommation de carburant augmentée d’environ 30% selon certains chiffres soit entre 3 à 5 litres pour 500 km. Par ailleurs, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) sur laquelle vous vous appuyez fort justement dans le rapport sur la transition explique qu’une vitesse à 80 km/h permet, selon les études, de « diminuer les émissions d’oxydes d’azote (NOx) et de Composés Organiques Volatils (COV) jusqu’à 20%. ». Voilà qui me parait contradictoire avec ce projet d’augmentation de la vitesse sur nos routes. Si on peut tous critiquer la manière dont le gouvernement a géré ce dossier en imposant d’abord pour proposer ensuite une concertation avec les départements, je pense que les options que vous énumérez dans ce rapport ne sont pas toutes recevables et pour la plupart, elles entrent en contradiction avec les considérations écologiques qui doivent désormais guider nos décisions. Pour ma part, je m’abstiendrai sur ce rapport.

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