Session février 2020 – Intervention de Bertrand HAVARD sur la Culture

Rapport C4 – Développer une offre culturelle variée et accessible à tous

M. le Président, Chers Collègues, 20 minutes à peine ! 20 minutes, le temps d’un entracte, c’est le temps dont a disposé Mme Chédorge pour exposer l’ensemble des politiques du chapitre culturel du département lors de la réunion de la commission expéditive du 13 janvier. Un budget de 7,7 M€ présenté en 20 minutes. Une sacrée moyenne avec 384 152 € à la minute, 6400 € à la seconde ! il a fallu beaucoup de talent à votre directrice pour réussir ce challenge ! Plus sérieusement, je trouvais déjà que ce champ politique était de moins en moins considéré par votre majorité, aujourd’hui il est simplement bâclé en quelques minutes hors la présence d’une des élues de référence. Dernière remarque sur la forme, d’une manière générale, il manque beaucoup d’indicateurs qui permettraient de mieux apprécier l’évolution des dispositifs et d’évaluer ces politiques. Ces outils sont pourtant bien utiles. Venons-en au fond. Il y a peu de changement à la fois sur les projets et sur les budgets si ce n’est l’effort que vous proposez en faveur du patrimoine. Vous doublez l’enveloppe de soutien aux projets de restauration du patrimoine. C’est une très bonne mesure et on sait combien notre service en charge est de qualité pour apporter son soutien aux communes ou associations qui mènent ces projets de restauration dans notre département au patrimoine si riche. Nous approuverons cette mesure ainsi que celle qui consiste à mettre en œuvre le dispositif de prévention des incendies dans les édifices remarquables. Concernant la valorisation du patrimoine, il est proposé de soutenir les amis de l’île du large Saint-Marcouf. Il nous a été envoyé à cet effet un exemplaire de l’écho de l’île du large. Je comprends la motivation des bénévoles de réhabiliter le patrimoine bâti de l’île du large mais je pense qu’il faut être vigilant au respect de certaines règles dans ces espaces sensibles. Il faut parfois savoir restreindre notre emprise sur les trop rares espaces encore préservés de la présence humaine et qui permettent à une biodiversité mal menée de résister autant que possible. Il est question dans le document d’une concertation qui aurait été faussée. Celle-ci a été menée dans le cadre strict de la procédure natura 2000 et ce n’est pas parce qu’elle va à l’encontre des intérêts de l’association qu’il faut l’accuser de partialité ! Notre soutien à cette association dont l’objet est tout à fait louable doit s’accompagner du respect strict des règles qu’imposent le classement en Zone de Protection Spéciale et de l’évaluation des incidences qui fera l’objet d’une étude. Les travaux que vous envisagez pour le château de Bénouville pour y installer à terme les services culturels départementaux et ouvrir plus le parc au public sont des projets que nous soutenons également. Les axes concernant les archives, le devoir de mémoire et l’archéologie n’appellent pas de remarques. J’en arrive au développement culturel des territoires. Une analyse présentée en décembre dernier montrait comment se répartissaient les engagements des CDC et communes dans les contrats de territoire. Nous les voyons d’ailleurs régulièrement passer dans nos commissions. Depuis 2017 ce sont 5,6% des enveloppes dédiées seulement qui vont vers les projets culturels et sur celles-ci 58% sont consacrées au patrimoine. Cela signifie que seuls 2,3% des aides apportées par notre département aux territoires par le biais des contrats sont consacrés à la lecture publique, aux salles de spectacle ou aux enseignements artistiques. Ce constat montre bien que, pour l’instant, l’effet de levier pour le développement culturel des territoires reste relatif et s’est concentré sur les territoires qui avaient déjà un fort potentiel. Je ne m’étendrai pas plus avant sur cette question, vous connaissez ma position sur ce sujet. Concernant la lecture publique, deux remarques : 1. Vous faites état de l’augmentation des réservations et des livraisons de la bibliothèque du Calvados. Les indicateurs manquent pour mieux apprécier ces évolutions. 2. Vous proposez de compléter l’offre numérique et d’en faciliter l’accès aux enfants de 3 à 12 ans. Je pense que si l’offre peut être développée, elle doit s’accompagner de mesures de précautions importantes. En effet, de nombreuses recherches démontrent la grande nocivité d’un temps d’exposition prolongé devant les écrans pour les jeunes enfants. Le neuroscientifique, Michel Desmurget a publié La fabrique du crétin digital, les dangers des écrans pour nos enfants. Pour lui, la situation est déjà désespérée pour nos enfants. Les outils numériques entraînent des troubles de l’attention, du langage, des problèmes d’agressivité, de sommeil et d’échec scolaire. Ils affectent gravement le développement des enfants. Cela mérite que nous portions notre attention sur ces données autant dans la politique de développement du numérique par le biais de la bibliothèque du Calvados que dans notre politique à destination des collégiens. Cette politique ne peut faire l’économie de mesures de prévention qui doivent l’accompagner. Pour ce qui est du soutien à la création et à la diffusion artistique, vous notez que 12 territoires ont contractualisé et que l’objectif de contractualiser avec l’ensemble des territoires est atteignable d’ici 2021, nous suivrons cela avec intérêt. Je note que vous proposez de maintenir l’aide aux programmations de saisons culturelles, ce n’est pas moi qui vais critiquer cela. Je continue de penser que le département et son service culturel compétent doit continuer à permettre l’accès de tous au spectacle vivant sur tout le territoire. Vous maintenez également les crédits dédiés à la création et à la diffusion artistique, ce que nous approuvons. Enfin, sur l’offre d’enseignements artistiques, vous prévoyez d’augmenter la ligne d’aide à l’achat d’instruments de musique pour les établissements. C’est une bonne mesure qui répond aux besoins d’acquisition ou de renouvellement des parcs d’instruments à destination des élèves ou de projets tels qu’orchestre à l’école. Voilà M. le P. les quelques commentaires que je souhaitais faire rapidement puisque c’est maintenant la règle de fonctionnement de notre collectivité. Je passe sur les propositions de subventions qui n’ont pas eu le temps d’être abordées le 13 janvier dernier. Je n’ai pas reparlé de l’instance de concertation que vous avez abandonnée. Il est vrai que cela aurait encore fait perdre du temps… Je regrette cependant, alors que vos services font souvent des propositions de qualité que vous ne preniez pas le temps nécessaire pour construire plus collectivement un vrai projet culturel départemental.

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