Session du 21 septembre 2018 – Intervention de Bertrand HAVARD sur Bilan annuel Schéma politique culturelle

Monsieur le Président, cher(e) collègues,

Vous nous proposez de débattre sur le bilan des actions menées au cours de la première année de votre nouveau schéma directeur de la politique culturelle.

A vous lire, votre bilan est totalement positif et tout s’engage pour le mieux ! Vous me permettrez de relever les points positifs mais aussi d’éclairer les zones d’ombres qui viennent ternir le sentiment d’optimisme et d’autosatisfaction permanente dont vous faites preuve.

Commençons par le premier objectif : accompagner et soutenir le développement culturel des territoires qui s’appuie sur les contrats de territoire et les contrats de développement culturel.

Siégeant dans la commission qui traite de ces sujets, je relève que dans les contrats de territoire la priorité donnée par les collectivités que nous soutenons est dirigée le plus souvent vers les projets sportifs : 24 projets d’équipements culturels pour la première année, c’est relativement peu par rapport aux projets dans les autres domaines que le département est susceptible d’aider. J’avais demandé en commission, le détail global de cette répartition, je ne l’ai toujours pas à ce jour. Il serait bien que vous puissiez nous dire aujourd’hui quelle est la part des projets culturels dans les contrats de territoire.

J’en viens au contrat de développement culturel. Le constat que vous en faites montre bien finalement que les choses avancent bien doucement et que les territoires qui font la démarche sont à peu près ceux qui avaient déjà des projets en élaboration. Cœur de Nacre, en est le meilleur exemple puisque cette CDC mène son projet de salle depuis plusieurs années. La salle de spectacle le Cube a fait l’objet d’un concours d’architectes en 2013. Bien avant la mise en place du schéma départemental.

Que cette communauté de communes, très active, se saisisse de l’opportunité de contracter avec le département était prévisible et attendu.

Pré-Bocage Intercom s’appuie sur l’AIPOS pour construire une saison de 17 spectacles dès cette année. Il est indiqué dans le rapport qu’un cadre A chargé de mission culture et patrimoine a été recruté. Il convient de corriger, il s’agit d’une contractuelle engagée comme cadre B, ce qui semble moins conforme aux responsabilités qui lui sont confiées. Pour autant, le recrutement par la CDC est un engagement fort de la communauté de communes. J’étais hier, avec Sylvie Lenourrichel, à la présentation de saison suivie du premier spectacle. Une centaine de personnes étaient présentes à la salle des fêtes d’Aunay-sur-Odon et le public était ravi de la première proposition : un spectacle de danse Hip-Hop exigeant et de grande qualité. La saison est de qualité et montée en un temps record par la médiatrice culturelle. Reste à observer comment se résoudra la contradiction entre la volonté de diffuser sur toutes les communes de la CDC des spectacles et la nécessité d’offrir des conditions matérielles de qualité suffisante.

Valdallière se lance également. C’est très bien.

Vous précisez que Seulles Terre et Mer et Blangy Pont-l’Evêque travaillent leur projet, que quatre autres sont en cours de discussion et que Lisieux Normandie élabore son schéma culturel.

Pour tous ces territoires, il faudra suivre l’évolution des projets et voir si effectivement la structuration et la professionnalisation nécessaires à la réussite des contrats de développement culturel aboutiront.

Enfin, vous nous dites que la CDC Val es Dunes a refusé de contractualisé avec le département !

J’ai contacté le président Xavier PICHON et un autre élu communautaire qui m’ont dit tous les deux leur surprise d’apprendre qu’ils auraient signifié au département qu’ils ne souhaitaient pas s’engager dans la démarche. Le président m’a indiqué qu’une rencontre avait bien eu lieu l’année dernière mais que depuis, aucune rencontre n’avait eu lieu ! Je souhaite que le contact entre cette CDC et le département soit rétabli afin de permettre d’élaborer en collaboration avec ses élus un projet pour ce territoire important qui depuis deux ans ne connait plus les saisons auparavant proposées par feu l’ODACC.
Cette remarque fait le lien avec la saison départementale dont vous nous faites état dans ce rapport. Cette saison est diffusée dans six territoires dont un nouveau avec la commune de Merville-Franceville. Pour cette dernière, si on peut se réjouir de la voir faire partie de cette saison, on peut s’interroger sur les conditions d’accueil des spectacles. Mais le plus problématique, c’est le constat en creux que l’on peut faire de la carte présentée page 84 : exit l’OMAC du Mollay Littry qui connaissait les saisons de l’ODACC depuis 30 ans et comptait 150 adhérents. Le rideau est baissé également à Argences dont les 28 saisons de l’ODACC ont permis à de très nombreux spectateurs de bénéficier de plus de 200 spectacles professionnels, l’APOSA n’étant pas en capacité à prendre le relais du département.

Mon sentiment, que j’ai à de nombreuses reprises exprimé ici, c’est que vos contrats de développement culturel ne combleront pas tels qu’ils se profilent, les zones blanches du département en terme d’accès au spectacle vivant. Je suis persuadé qu’une démarche unique quel que soit le territoire n’est pas la bonne et qu’il faudrait prendre en compte les particularités de chacun d’entre eux pour les accompagner de manière différenciée.

Je vous ai proposé d’agir en fonction du potentiel financier par exemple. Ainsi, une CDC ou une ville devrait pouvoir bénéficier plus longtemps que d’autres de la programmation préparée par vos services qui sont en pleine compétence pour cela.

Je réitère donc mon vœu de voir maintenue les saisons du département dans les territoires qui ne sont pas en capacité de proposer une saison par eux-mêmes. Et c’est donc l’avenir de ces saisons que je pose aujourd’hui.

Cette année, 4 spectacles avaient été sélectionnés par notre équipe, les autres, probablement avec l’appui du service sont proposés par les CDC. Pourrez-vous nous préciser combien de spectacles seront proposés par le service culturel départemental pour les saisons prochaines ? 3, 2, 1, aucun ???

Enfin pour en terminer sur cette question qui nous divise, je voudrais insister sur votre difficulté à co-construire un projet. Vous aviez annoncé une instance de concertation parallèlement au lancement de votre schéma. A ma connaissance, cette instance qui devait, disiez-vous, remplacer l’expertise de l’ODACC en mieux, ne s’est réunie qu’une fois l’année dernière. Réunion au cours de laquelle ont été mises en place des commissions… Depuis plus rien, le néant. Quand l’ODACC se réunissait 4 fois par an au minimum, il n’y a plus aujourd’hui de concertation avec les acteurs culturels réunis ! J’en veux pour preuve la fin du rapport car dans le chapitre « Concertation, dialogue et évaluation, ne figure pas la moindre allusion à cette instance de concertation… Serait-elle définitivement abandonnée ???

J’en déduis que la concertation n’est pas votre fort ou votre priorité. Il faut dire que les nombreux changements dans la direction du service culturel départemental, l’absence de chef de service ne permettent certainement pas de travailler dans la continuité et la sérénité nécessaires.

Pour le reste, la démarche de médiation culturelle expérimentée avec les circonscriptions d’action sociale du Bocage et de Douvres-la-délivrande sont intéressantes et sont à développer, l’inscription du département dans le dispositif « Territoires ruraux, territoires de culture initié par la DRAC est positive puisqu’elle permet des résidences d’artistes dans le territoire.

De même, j’ai déjà souligné l’aspect positif des conventions triennales conclues avec cinq structures intermédiaires qui les sécurisent dans leur financement.

J’en viens à la lecture publique. Vous dites dans le rapport que de nouvelles conventions d’objectifs ont été présentées au cours de cinq réunions territorialisées pour sensibiliser les élus sur l’importance de la lecture publique et le rôle central des médiathèques. Si l’on peut tous s’entendre sur le fond, j’ai relevé des inquiétudes chez des élus et des professionnels devant les exigences du département pour obtenir une convention équivalente à celle qui est la leur aujourd’hui : le passage à 40 abonnements à des revues pour ne prendre que cet exemple est jugé excessif pour des médiathèques qui voient plutôt leur budget revu chaque année à la baisse.

Souvenons-nous que les premières conventions ont fait sortir du réseau 40 médiathèques en quelques années les faisant passer de 154 à 114. Là encore un accompagnement différencié permettrait sans doute de poursuivre les deux objectifs : faire monter en gamme les médiathèques du département tout en résorbant les zones blanches. Et il y a du chemin pour cela. Vous nous avez présenté lors du lancement de votre schéma directeur une carte faisant apparaitre les taux d’inscrits par territoire. De nombreuses CDC (9 sur 17 à l’époque) ne comptaient qu’entre 6 et 12 % d’inscrits dans les médiathèques quand la moyenne nationale est de 17%. Cet indicateur important devrait faire partie de notre tableau de bord pour évaluer cette politique.

Pour ce qui est de l’axe 2, le rapport amène peu de remarques si ce n’est pour souligner la qualité du travail des services et l’étendue des chantiers sur notre territoire riche en patrimoine.

Pour ne pas être trop long, je passe sur les axes 3,4 et 5 rapidement simplement pour dire que je trouve intéressantes les conventions triennales en cours d’élaboration au sujet des écoles de musique et que j’approuve l’aide apportée pour l’achat d’instruments.

J’approuve également les actions nouvelles proposées dans le cadre des actions d’éducation artistique. J’avais appelé de mes vœux les jumelages ente des structures culturelles et des collèges et suis satisfait de voir que cette année 10 jumelages et 2 résidences d’artistes seront soutenus.

En conclusion, M. le P. CC, vous le constatez, note bilan est plus contrasté que celui que vous faites.

Vous dites, M. le P. que vous souhaitez faire du Calvados une terre de spectacles et de culture. Nous pouvons partager ce vœu mais, par certains de vos choix, pour l’instant, nous n’avons aucune garantie que ce vœu se réalise.

Je vous remercie.

 

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