Session du 19 juin 2020 – Discours de G. DETERVILLE

Monsieur le Président, cher(e)s collègues, La période exceptionnelle que nous venons de traverser depuis notre dernière session de Février laissera de profondes traces sur bien des plans. Sur le plan humain d’abord, puisque 83 calvadosiennes et calvadosiens ont perdu la vie à cause du COVID-19. C’est un chiffre bien sûr toujours trop élevé même s’il faut savoir que notre département a été 4 fois moins touché que la moyenne nationale. Cette crise sanitaire a mis en lumière les fortes inégalités sociales et territoriales de notre pays. Ceux qu’on appelle parfois les invisibles sont apparus clairement tout au moins à celles et ceux qui veulent bien mettre la question sociale au cœur de leurs préoccupations. Dans notre département, les associations caritatives nous ont alerté et les chiffres sont éloquents : Banque alimentaire, Secours Catholique ou Secours Populaire, toutes ont dû faire face à des demandes nettement augmentées : 84 % de plus en aide alimentaire selon le Secours Populaire par exemple. Oui, ce sont les français les plus modestes qui ont souffert le plus. Les enquêtes ont montré que 20 % de nos concitoyens ont vu leurs ressources diminuer. Avant d’essayer d’intervenir aux limites de notre champ de compétence, peut être faudrait il s’interroger sur le cœur de nos interventions ; la lutte contre la précarité ou plutôt la pauvreté aux côtés de l’Etat. Le temps n’est pas encore venu de tirer les enseignements des défaillances et manquements que les autorités de l’Etat devront assumer à la suite de cette pandémie. Il a fallu injecter des crédits importants pour que notre économie ne s’écroule pas : 140 Milliards d’euros auxquels s’ajoutent 300 Milliards de garanties d’emprunt. Via à vis de ces libéraux qui depuis tant d’années se plaignaient du trop d’Etat, j’observe qu’ils ont été heureux de trouver l’Etat à leur côté, que ce soit par la mise en place d’un système de chômage partiel solidaire, par les aides financières directes ou par les garanties d’emprunt dont ils ont bénéficié. Malheureusement, certains patrons ont même pensé pouvoir aller plus loin en se livrant à des fraudes estimées à hauteur de 8 milliards d’euros. Parmi les critères de soutien, peut-être aurait-il été sain d’en tenir compte. On souhaiterait le même élan de solidarité vis-à-vis des secteurs publics qui souffrent ou des associations qui exercent une forme de délégation de service public. Les hôpitaux d’abord et leurs personnels, l’Education nationale sont assurément les domaines où les besoins sont les plus ressentis. Mais il y a aussi, je le redis, nos concitoyens qui vivent sous le seuil de pauvreté et que la crise sanitaire a éprouvé davantage que les autres. Une revalorisation des minimas sociaux s’impose et le débat sur le revenu de base doit être relancé. Oui le service public, qu’il soit d’abord hospitalier, d’Etat ou territorial a été largement à la hauteur des enjeux et a fait honneur à notre pays. Là aussi au-delà des félicitations et de médailles, au-delà même des primes, le gouvernement reconnaitra-t-il enfin ces métiers à la hauteur de l’utilité sociale qu’ils représentent. En France et dans l’Union Européenne, les dirigeants ont décidé de relâcher la rigueur budgétaire, c’est qui n’est pas une mauvaise chose tellement les critères sur lesquels nous vivions depuis si longtemps devenaient absurdes. Mais faire reposer les crédits nécessaires à sauver notre économie sur la seule croissance de la dette est un choix discutable, même en Grande Bretagne les conservateurs envisagent de faire contribuer les plus riches à « l’effort de guerre ». De notre point de vue, la crise actuelle met en valeur 4 impérieuses nécessités : UNE RELOCALISATION AFFIRMEE UNE DECENTRALISATION AMPLIFIEE UNE DEMOCRATISATION RENOVEE UNE TRANSITION ECOLOGIQUE INTEGREE Sur la 1ère nos pouvoirs sont certes limités mais des initiatives peuvent être prises et des réglementations assouplies, je pense notamment en terme de marchés publics Sur la 2ème, vous souhaiterez aller plus loin ; si la loi vous en donne la possibilité, nous aussi assurément Sur la 3ème, nos points de vue sont probablement plus divergents mais nous pensons qu’une démocratisation d’ampleur de nos institutions est indispensable afin d’introduire notamment plus de collégialité et de démocratie participative. Sur la 4ème, là aussi en tout cas en terme d’objectifs, nous nous retrouverons probablement tellement l’intégration dans toutes nos politiques publiques de la transition écologique est une évidence. Dans le cadre de nos compétence strictes, il fallait en effet mettre en œuvre ou soutenir des politiques publiques d’urgence pour le milieu associatif, pour la protection en masques, contre la rupture numérique des collégiens dans nos quartiers par exemple. C’est bien un ensemble des propositions qui ont été utiles ces 3 derniers mois et que le Conseil Départemental peut financer eu égard au résultat 2019 annoncé lors du débat d’orientations budgétaires. Mais nous avons observé une sorte de course à l’échalote entre la Région et les Conseils départementaux voire certaines intercommunalités, dans laquelle les préoccupations en terme de communication politique l’emportaient parfois sur le fond. Nous pensons par exemple aux aides par ailleurs indispensables en matière sportive ou culturelle afin de simplifier la vie des associations fragilisées. Un fond commun alimenté par les diverses institutions avec des règles de soutien harmonisées n’aurait-il pas été préférable ? Le G 6 n’aurait-il pas eu un rôle majeur à jouer dans cette période ? D’autres régions ont su mettre en place des coopérations fructueuses, je pense aux Hauts de France, à la Nouvelle Aquitaine ou à l’Occitanie. Dans cette période de grande tension économique et sociale, nous voulons proposer les voies et moyens d’une action résolue et efficace de notre collectivité. Il y a urgence à doter tous les élèves des collèges REP et REP+ qui n’en disposent pas de moyens de connexion et de P.C ou tablettes. Le confinement a aggravé les ruptures et les inégalités entre élèves. Devant l’insuffisance du dispositif départemental de l’Etat, dans le cadre de l’enveloppe réservée à la Cité éducative, le Conseil Départemental a fourni des P.C pour les collégiens en souffrance, tant mieux pour Hérouville mais quid des autres communes qui connaissent les mêmes difficultés. Ce que souhaitent les habitants et les élus, ce que nous souhaitons, c’est l’égalité républicaine qui impose que le département prenne ses responsabilités dans les secteurs d’abord où il a pleine compétence. Une enquête nationale récente a démontré que les enfants décrocheurs ont été beaucoup plus nombreux que le chiffre annoncé par le ministre de l’Education Nationale (de l’ordre de 25 % en zone R.E.P). Les agents du Conseil Départemental ont été exemplaires dans la période récente. Une prime doit naturellement être attribuée à celles et ceux qui ont été en 1 ère ligne. Nous proposons également que le département contribue à permette par l’évolution du taux directeur des dépenses des établissements sociaux et médico-sociaux, qu’une prime soit attribuée aux personnels impliqués sans la crise sanitaire. Nous devons également soutenir les S.S.A.D et autres centres sociaux et médicaux sociaux, notamment relevant du handicap ou de l’aide sociale à l’enfance, c’est-à-dire des missions au cœur de nos compétences. Vous avez par ailleurs décidé de doter certaines Calvadosiennes et certains Calvadosiens de masques « Grand public ». Nous nous en sommes réjouis même si cette décision pose certaines questions dans la mesure où les familles modestes ne pourront acquérir suffisamment de masques, sachant qu’il faut en changer souvent. Les communes ont en effet dû faire face à des dépenses imprévues et même si l’Etat vient de décider de certaines aides, le Conseil Départemental au-delà de l’A P C R spécial COVID doit en effet être solidaire. Dans le domaine du logement où nous avons des responsabilités évidentes soit par la gestion directe avec INOLYA soit par la maîtrise du Fond de Solidarité Logement, nous devons nous engager plus résolument en direction de nos concitoyens qui sont d’ores et déjà en difficulté pour régler loyers et charges. Depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, nous avons voulu faire preuve de sens des responsabilités. Nous avons accepté les mesures techniques que vous avez avancées. Tous les départements français prennent des initiatives, nous ne faisons pas exception. Plus que jamais, notre département a besoin de politiques publiques utiles et efficaces. Elles imposeront de l’engagement et de l’imagination, tout en préparant l’avenir avec responsabilité. Nous ne pouvons souhaiter un retour à la normale, si cette normalité est synonyme d’injustices sociales et d’inégalités territoriales. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à travailler dans l’intérêt supérieur des Calvadosiennes et des Calvadosiens en vue de construire, à notre niveau, une société, au final plus fraternelle.

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