Session du 10 décembre 2018 – Discours de Gilles DETERVILLE

Monsieur le Président, cher(e)s collègues,

Nous voici à nouveau réuni pour une courte séance essentiellement relative aux Orientations Budgétaires 2019.

Depuis notre dernière session du 19 Novembre, notre pays a connu de graves soubresauts provoqués par le mouvement dit des Gilets Jaunes.

Quoi que l’on pense sur la manière dont ce mouvement a été mené et tout en condamnant, toutes et tous, les inadmissibles violences observées ici ou là mais principalement à Paris, le fond de revendications, certes parfois confuses, est bien celui d’un réel mal de vivre de beaucoup de nos concitoyens.

Celui-ci se traduit d’abord par la question de la faiblesse du pouvoir d’achat et des injustices sociales.

Beaucoup de nos concitoyens pensent, et ils ont raison, que les inégalités sociales en France sont devenus à la fois choquantes et insupportables.

La politique menée par l’actuel Président de la République est remise en cause autant par les mesures qu’elles comportent que par l’attitude méprisante qu’il a eu et les propos humiliants qu’il a tenu à l’égard des classes populaires.

Les usages dans les propos liminaires des Présidents de groupe font que l’on ne peut pas prendre la parole après votre dernière intervention.

Je peux par contre aujourd’hui réintervenir à propos d’une affirmation que vous avez tenu le 19   Novembre selon laquelle si nous avions en charge, nous Conseil Départemental, les solidarités, nous n’étions pas comptables de la réduction des inégalités.

Nous ne partageons pas ce point de vue.

Avoir une politique de solidarité ambitieuse, c’est concourir évidemment à l’indispensable réduction des inégalités.

Car comme Victor Hugo, je continue de penser que ce n’est pas réduire la misère qu’il faut entreprendre mais bien la détruire et cela n’a rien d’utopique sauf à penser que les inégalités sociales seraient naturelles.

Nous avions formulé par la voix d’Eric Vève, une proposition, vite retournée comme souvent lorsque l’opposition propose, d’un travail sur le pouvoir d’achat.

Nous continuons de dire que notre institution peut prendre des initiatives visant à améliorer le pouvoir d’achat des plus modestes même si cela pourra apparaître marginal à certains.

Rappelez-vous que des responsables politiques déconnectés des réalités de vie de beaucoup de nos compatriotes avaient déclaré que la réduction de 5 euros des A.P.L était négligeable.

Lorsque l’on vit avec moins de 10 euros par jour comme c’est le cas de trop nombreux français, 5 euros cela compte.

Une récente étude de l’Observatoire des inégalités a montré que la pauvreté continue de progresser dans notre pays : près de 9 millions de nos concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté, dans le Calvados, ils sont près de 90 000.

Les O.B 2019 dont nous allons débattre montrent pourtant que nous avons une marge pour nous montrer plus solidaire dans cette période si difficile.

Vous disposez en effet de 3 millions entre les dépenses réelles de fonctionnement que vous envisagez et le plafond autorisé par l’Etat.

Ne pourrions-nous pas en utiliser la moitié pour abonder telles ou telles lignes ?

En 2019, nous adopterons le nouveau P.D.I-P.T.I à moyens constants si mes informations sont exactes. Nous avons là une opportunité à agir.

De même nous commençons à en savoir plus sur la mise en œuvre du plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté.

Parmi les 15 chantiers qui vont être ouverts par le délégué interministériel en charge de cette politique, j’ai listé au moins 6 d’entre eux qui nous concernent pleinement.

Allons-nous nous y associer, comment et à quelle hauteur ?

Voilà des questions qui doivent nous préoccuper.

Chacun d’entre nous va passer des moments heureux dans quelques jours lors des Fêtes de fin d’année. Les Gilets jaunes seront peut-être loin, en tout cas, beaucoup voudront les oublier.

Ces invisibles de la République, nous interpellent pourtant, toutes et tous, et pas seulement sur la question du pouvoir d’achat.

Ils remettent en cause une forme de représentativité qui est la nôtre et à laquelle nous croyons et sommes attachés.

Nous avons le devoir d’y répondre, si nous ne voulons pas que le prochain accès de fièvre emporte nos institutions.

Nous ne pouvons pas, pour paraphraser une phrase de Jacques Chirac à propos de l’environnement dire : la France brûle et nous regardons ailleurs.

 Beaucoup d’entre vous me trouveront peut-être exagérément pessimiste mais ayant parlé ces dernières semaines à des hommes et des femmes dont je connaissais certains qui ne s’étaient jamais engagés dans une manifestation, je suis inquiet, c’est vrai pour notre pays.

Bien sûr, nous ne pouvons pas tout, loin s’en faut, mais là encore pour paraphraser un grand responsable politique Michel Rocard qui a créé le R.M.I il y a tout juste 30 ans, qui fût une loi de progrès considérable, si nous ne pouvons pas tout faire en matière de lutte contre la précarité, nous devons en assumer notre juste part.

Le débat entre nous reste bien à définir ce l’on met derrière cette expression de juste part.

 

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