Session budgétaire fév. 2018 – Intervention de B. HAVARD sur la culture

Avant d’entrer dans le détail de ce rapport permettez-moi de faire quelques remarques plus générales sur cette politique. Quand l’année dernière vous classiez ces dossiers dans le chapitre « Bien vivre dans le Calvados », vous nous le soumettez aujourd’hui sous le titre « Attractivité », inspirés que vous êtes sans doute par la démarche régionale et son agence de l’attractivité. En effet un territoire est attractif quand il dispose de tous les services attendus en matière d’éducation, de sports, de culture et j’en passe. Mais une politique culturelle ne peut à mon sens s’articuler uniquement sur cet angle de l’attractivité. Il doit y avoir également dans nos objectifs une volonté, une ambition même de permettre à tous les habitants d’avoir un égal accès à la culture, facteur d’émancipation de la personne, de sa capacité à devenir pleinement citoyen.

Enfin, l’activité culturelle est également une richesse sur le plan économique non négligeable.

J’ai dit tout à l’heure à quel point nous avions balayé l’ensemble de la politique de la commission ESCC en un temps record. Le constat est le même pour le suivi de la politique culturelle départementale tout au long de l’année. Pour exemple, le 27 novembre dernier nous avons abordé en fin de réunion rapidement les dossiers de subventions de fonctionnement de 11 structures culturelles et 43 dossiers dans le cadre du schéma des enseignements artistiques. Quand je dis rapidement, cela n’a pris qu’un quart d’heure !

On pourrait y voir de l’efficacité par rapport à l’instance ODACC qui y passait facilement 2 heures pour discuter de près de 400 000 € de subventions. J’y vois plutôt un désintérêt, un lâcher prise des élus en matière de politique culturelle !

Si je suis très critique sur la façon dont vous faites vivre la réflexion sur cet axe, je salue votre choix de ne pas sacrifier le budget de la culture. Si les moyens sont préservés, certains choix que vous nous proposez vont dans le bon sens, d’autres rencontrent toujours mon désaccord.

Pour ne pas être trop long, je ne m’attarderai pas sur les dossiers liés au Patrimoine qui n’appellent pas de remarques. Cet axe consomme malgré tout plus de la moitié du budget culture.

J’en viens à la partie Développement culturel des territoires et à la contractualisation.

Dans le rapport vous faites un point d’étape sur cette question. Sans trop de surprise, les territoires qui commencent à se structurer sont ceux qui étaient pressentis :

  • La CDC Cœur de Nacre, bien avancée en terme d’équipement, inscrit dans son projet politique depuis 2002 accueillera dans un même espace l’école de musique intercommunale et une salle de spectacle de 300 places assises. Le recrutement est en cours sur la base d’un poste de catégorie A bien calibré qui aura à sa charge de mettre en œuvre le projet de l’espace culturel, d’assurer la programmation en intégrant l’école de musique. Nul doute que ce territoire qui bénéficiait de l’apport de l’ODACC et qui fait encore appel à la programmation du service culture départemental a toutes les chances de vivre un projet culturel de qualité autonome.
  • Concernant Pré-Bocage, le projet d’adaptation de la salle des fêtes d’Aunay-sur-Odon et l’agrandissement de la bibliothèque de Caumont-sur-Aure montrent là-aussi des avancées vers une structuration des équipements. Le recrutement prévu est cette fois sur un poste de médiateur culture et patrimoine catégorie B qui devra si mes informations sont bonnes à la fois assurer la programmation artistique, développer la lecture publique, valoriser le patrimoine,… La fiche de poste donne à réfléchir sur l’offre à venir en matière de spectacle vivant. Je cite : «  Etablir la programmation selon le type de public. Etudier et sélectionner les spectacles et favoriser la production locale de spectacles. » Si l’on comprend bien que les associations locales ont besoin de tout le soutien de leur collectivité de rattachement et doivent bénéficier de lieux de productions adéquates, il ne faudrait pas que la programmation professionnelle de qualité sélectionnée par l’équipe de l’ODACC par le passé puis par le service aujourd’hui soit remplacée par des productions amateurs. C’est un risque dont j’ai déjà fait part à plusieurs reprises.
  • Pour la CDC Vallées de l’Orne et de l’Odon, là encore, le projet se construit sur un territoire dynamique qui devrait permettre de développer un projet culturel de qualité. C’est en tout cas le vœu que je fais aujourd’hui.

Trois territoires sur 16 donc sont en voie de contractualisation. Ce que ne dit pas le rapport, c’est que d’autres territoires sont plutôt à l’arrêt en matière de spectacle vivant :

Val-es-dunes par exemple. Après 28 années de programmation de quelque 200 spectacles professionnels au forum d’Argences, l’Aposa jette l’éponge en raison de son incapacité à remplacer les services de l’ex ODACC pour assurer une programmation professionnelle de qualité.

Même constat au Molay-Littry. L’OMAC a été dissoute en raison de la disparition de l’ODACC après trente ans de programmation sur ce territoire. Les 150 abonnés dont le nombre augmentait chaque année n’ont plus depuis cette année la possibilité à proximité directe d’assister à du spectacle vivant.

Je suis persuadé que pour bon nombre des spectateurs des deux lieux que je viens de citer, la proximité jouait un grand rôle et qu’ils ne se déplaceront pas vers d’autres villes pour assister à des spectacles.

La saison élaborée par les services du département rencontre toujours cette année le succès. Vous prévoyez l’année prochaine de proposer aux territoires concernés 4 spectacles auxquels s’ajouteront 2 spectacles programmés de manière autonome. Il nous faudra suivre de près ces programmations afin de s’assurer de leur caractère professionnel. Il en va de la crédibilité et du succès que rencontreront ces futures saisons mais aussi de l’importance, pour nos compagnies régionales, de trouver des scènes où produire leurs créations.

Vous comprendrez qu’aujourd’hui j’exprime un avis réservé sur les contrats de développements culturels parce qu’ils n’apportent pas aujourd’hui l’assurance d’offrir une diffusion artistique de qualité dans tous dans les territoires ruraux.

Concernant la lecture publique, le rapport appelle peu de remarques. Il semble que les contrats amènent une évolution sur ce plan. Nous suivrons cela avec attention pour apprécier si à l’avenir les zones blanches se résorbent de manière satisfaisante. Je reformule cependant mes réserves quant au développement de médiathèques sans présence supplémentaire de professionnels. Deux exemples me viennent à l’esprit. La future médiathèque de Morteaux-Couliboeuf qui devrait voir le jour cette année. On peut se réjouir de voir ce territoire bénéficier bientôt d’une médiathèque. On peut se poser la question par contre de son animation puisque, si j’ai bien compris, cette ouverture ne s’accompagnera d’aucune création de poste de bibliothécaires mais bénéficierait du redéploiement des équipes du réseau de la CDC du Pas de Falaise. Si nous participons au financement d’équipement, nous devons être plus exigeants sur la professionnalisation. L’autre territoire préoccupant est celui du nord de Caen depuis l’abandon du projet de médiathèque de Ouistreham par l’actuelle municipalité. La dernière réunion de mercredi dernier n’a pas laissé beaucoup d’espoir.

La partie soutien à la création et à la diffusion artistique comporte un élément très intéressant. Vous prévoyez en effet de mettre en place des conventions pluriannuelles avec des structures dites intermédiaires. C’est une très bonne mesure. Ces structures de diffusion ont en effet besoin de lisibilité dans leurs financements pour pouvoir mener à bien voire développer leur projet artistique.

Pour ce qui est de l’enseignement artistique, vos propositions vont dans le bon sens. Et je salue l’aide à l’achat d’instruments dont ont pu bénéficier des écoles de musique cette année.

Enfin sur le sujet des actions d’éducation artistique et culturelle au collège, vous indiquez vouloir renforcer votre action en la matière. C’est une orientation que j’approuve totalement. Je crois beaucoup à ces actions de jumelage entre une structure culturelle et des classes. L’expérience existe sur le territoire que je représente entre l’orchestre régional ou des compagnies accueillies par la Renaissance et des classes de collège, d’écoles primaires, et même de lycées professionnels. Chaque fois, parce que le projet est porté par des acteurs engagés dans cette démarche, l’apport pour les élèves est important et l’expérience très riche.

Pour conclure, je veux dire que nous n’approuvons pas votre décision de supprimer brutalement les subventions allouées auparavant au Lux et au Café des Images. Ce choix fragilise une économie du cinéma Arts et Essais déjà fragilisée qui donne à tous les Calvadosiens la possibilité de voir des films qui ne leur sont pas proposés dans les salles commerciales avec le risque, à terme, d’appauvrir la création cinématographique.

 

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