Session 22 septembre 2017 – Intervention de Bertrand HAVARD sur le schéma directeur de la culture

Monsieur le Président, Cher(s) Collègues,

J’ai lu attentivement le rapport et les 195 pages de l’annexe. La première chose que je souhaiterais exprimer est la reconnaissance pour l’énorme travail fourni par les services. J’ai aussi entendu vendredi dernier les directrices et directeurs concernés dire combien ce travail collectif avait été instructif et constructif. Pour cela, la démarche mérite d’être saluée.

Sur le fond du dossier, vous me permettrez d’exprimer quelques remarques et critiques.

Je passe rapidement sur quelques erreurs involontaires sans doute :

Page 151 du rapport vous dites concernant la lecture publique : « L’élargissement de l’accès aux ressources numériques sera poursuivi, ainsi que la diversification d’actions culturelles afin de ne pas toucher d’autres publics… » Je doute que votre volonté soit de ne pas toucher d’autres publics.

Au début de l’annexe, votre préambule M. le président se résume à une page blanche. Je doute là aussi que votre pensée en matière culturelle se résume à cela.

Je partage totalement votre conclusion des éléments de contextes à la page 22 du Schéma quand vous dites que le Département se doit de soutenir cette richesse et d’encourager l’irrigation de tout son territoire pour un accès du plus grand nombre à une culture diversifiée et de qualité. On verra plus loin que, si j’agrée à l’objectif, je reste sceptique sur les moyens que vous décrivez ensuite pour y parvenir totalement.

La deuxième partie est consacrée au bilan des différentes politiques sectorielles. Je ne vais pas toutes les balayer, rassurez-vous.

Vous commencez par la lecture publique, compétence obligatoire rappelons-le. La carte figurant à la page 25 fait apparaitre la répartition des bibliothèques et médiathèques dans notre département. J’avais déjà demandé la possibilité de la comparer à celle de 2009, lorsque notre réseau comportait une quarantaine de bibliothèques supplémentaires. J’entends bien qu’il y avait nécessité dans certains secteurs de faire évoluer qualitativement le réseau. Je crains malgré tout que certaines des bibliothèques qui ont disparu se trouvaient dans les zones blanches actuelles.

Les enjeux décrits pour la lecture publique sont bons mais leur déclinaison dans les fiches projet n’est pas toujours évidente. De plus, les difficultés d’accès à la lecture pour tous ne se résument pas au temps de trajet pour se rendre à un équipement.

Concernant la partie consacrée à l’analyse de l’action de l’ex ODACC, le résumé en est simple et je ne fais que reprendre vos termes : éparpillement, pas d’objectifs clairs, pertinence moindre, pas d’évolution, difficulté de renouvellement. Le schéma des enseignements artistiques était lui aussi mal pensé (pourtant adopté à l’unanimité en 2015) et les actions centrées sur l’éducation artistique et culturelle peu efficiente …

Bref, il était grand temps de mettre fin à cette structure vieillissante et inefficace.

Les enjeux définis pour la période à venir concernant le spectacle vivant comportent des éléments positifs mais notre divergence majeure reste sur votre choix de ne plus programmer de saisons dans les territoires ruraux.

Vous le savez comme moi, les territoires du Molay Littry et celui d’Argences ne bénéficieront pas cette année de cette saison. C’est là le premier effet de l’arrêt de l’ODACC.

Je vous lis rapidement un extrait de la lettre de la présidente de l’APOSA à ces adhérents :

« C’est avec beaucoup de regrets que nous vous annonçons qu’il n’y aura pas une saison de spectacle 2017-2018 à Argences.

Cette décision a été prise par les membres de l’APOSA suite à la disparition de l’ODACC, à un manque de communication et de concertation de la part du Conseil Départemental avec les équipes de bénévoles du réseau du département, et un manque d’information pour l’après 2018.

En effet, il semblerait que le département souhaite que les saisons de spectacles soient organisées par les territoires. Notre association n’ayant ni les compétences [ : rédaction des contrats, actions d’information au plan départemental et régional, étude des fiches techniques des compagnies et faisabilité de l’accueil, élaboration des budgets, montage et suivi des dossiers financiers (département, région, ODIA, CNV ,droits d’auteurs …)] ni les moyens financiers (une saison coûterait environ 45 000 € pour proposer une saison de  spectacles de qualité). « 

Cette année la programmation construite par vos services est bonne, élaborée avec ce souci reconnu de la qualité des spectacles, de leur exigence artistique et de leur accessibilité au plus grand nombre sans élitisme. Je suis surpris par contre de la façon dont vous ne la lancez pas : Pas de présentation de saison, pas d’affichage dans les abris bus, une plaquette peu diffusée…

Comment réussir une saison sans communication efficace ? A moins que l’objectif soit justement de faire en sorte que le public ne soit pas au rendez-vous pour entériner le choix de ne pas la poursuivre l’année prochaine ??? Car il n’en est effectivement plus question dans votre schéma. Vous savez combien nous contestons ce choix qui privera de nombreux habitants d’un accès au spectacle vivant et c’est là une des contradictions avec vos objectifs annoncés.

Vous souhaitez dans ce rapport demander aux structures culturelles labellisées ou intermédiaires de rayonner sur le territoire, structures avec lesquelles vous souhaitez conventionner autour d’objectifs et moyens pérennisés. Si la pérennisation des moyens donnera de la lisibilité, je souhaiterais savoir si vous conditionnerez toute aide à ces structures au fait qu’elles irrigueront les territoires ruraux. En clair, le Panta, par exemple, aidé par le département aujourd’hui devra-t-il proposer sa programmation sur d’autres territoires pour bénéficier de sa subvention ? Aujourd’hui, les structures que vous appelez intermédiaires ne peuvent développer leur projet par manque de progression de leurs moyens. Leur demander d’intervenir en dehors de leur plateau sans moyens supplémentaires dédiés financiers ou humains consisterait à les mettre en danger.

Enfin, sur la question de l’éducation artistique et culturelle, je souscris à votre volonté d’accentuer la mise en réseau entre les établissements scolaires et les structures culturelles. Je salue également votre effort pour l’acquisition d’instruments. Mon interrogation, déjà exprimée auparavant concerne les populations visées. Vous voulez privilégier les populations des zones rurales, ce que je conçois bien, mais d’autres populations urbaines se trouvent sans doute à proximité d’établissements culturels mais restent éloignées des pratiques culturelles. Il ne faut pas que votre schéma les oublie.

Les Contrats de Développement Culturel de Territoire, à l’identique de ceux présentés en mai de cette année, sont un principe qui nous semble bon. Il sera probablement efficace sur le volet de l’investissement mais je doute qu’il soit aussi efficace dans les zones rurales aux moyens financiers les plus faibles. L’aide financière ne tient pas compte du potentiel fiscal ce qui me semble dommageable et me semble contradictoire avec votre volonté de favoriser les territoires les plus déshérités.

Quant à l’aide au fonctionnement qui ne sera pas pérenne, pour les mêmes raisons, elle risque de ne pas permettre de résorber rapidement les zones dénuées d’équipements ou d’actions culturelles. Or, une structure culturelle ne peut mettre à disposition des populations une offre de qualité sans un budget de fonctionnement et un professionnel qualifié.

Au passage, il serait utile de préciser si par poste dédié à temps plein au projet culturel vous considérez qu’il s’agit d’un poste de catégorie A ou B.

Il manque à votre approche, à mon sens, une analyse profonde des raisons qui ont conduit à l’existence des zones blanches qui ne se résorberont pas par la simple mise en application de votre schéma.

Vous voulez évaluer régulièrement voter schéma. L’évaluation est indispensable pour améliorer l’efficience d’un tel dispositif. Il manque toutefois les critères d’appréciation à cette évaluation. Seront-ils uniquement quantitatifs ? qualitatifs ? Vous voudrez bien nous éclairer sur cette question.

Il est bien sûr impossible ici de passer en revue chacune des 82 fiches-action que contient le schéma.

Le sentiment général quand on en fait la lecture est que le département s’il sort de sa logique interventionniste, devient prescripteur à la manière d’une DRAC bis en utilisant un jargon très technocratique.

Vous qui êtes si attaché à la décentralisation, il est paradoxal que vous tombiez dans le jacobinisme départemental.

Pour terminer, je souhaite revenir sur votre méthode, identique en tout point avec celle qui est la vôtre pour d’autres politiques dont nous avons débattu ce matin.

Vous avez mis en place une instance de concertation qui est censée remplacer l’ex ODACC. Celle-ci, composée de représentants de nombreuses composantes de la vie culturelle départementale, s’est réunie en juin pour assister à la présentation des axes de travail et constituer des groupes de travail. Depuis, à ma connaissance, aucun temps de concertation n’a été mis en place. Les groupes de travail ne se sont pas réunis non plus.

Le schéma est ficelé et vous n’avez pas concerté les acteurs culturels du territoire, les bénévoles, …

Décidemment, concerter avant de décider n’est pas dans vos gènes.

Quelques esprits taquins et malicieux verront peut-être quelques rapports entre cette méthode et le choix de programmation du dernier spectacle de la saison qui s’intitule « Bienvenue en Corée du Nord »… mais la comparaison est bien sûr totalement déplacée…

Vous comprendrez, M. le P., mes chers collègues, qu’en raison des nombreuses réserves exprimées, nous n’approuverons pas ce rapport.

 

 

 

 

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