Session 12/12/16 – Intervention de Bertrand HAVARD sur la politique culturelle

Monsieur le Président, cher(e)s collègues,

Vous nous aviez prévenus lors de notre séance de septembre que nous aurions l’architecture de la nouvelle politique départementale culturelle lors de notre débat d’orientation budgétaire c’est-à-dire aujourd’hui. Vous pensez combien nous en attendions la présentation avec impatience. Vous m’aviez critiqué lorsque je pointais la brutalité avec laquelle vous aviez mis fin à l’ODACC sans avoir commencé à prévoir ce qui devait le remplacer. Et j’allais bientôt savoir de quoi il retourne.

Vous comprendrez bien ma surprise alors de ne pas voir le sujet traité lors des réunions de la commission Animation Jeunesse qui ont suivi. Jamais, nous n’avons abordé le sujet si ce n’est à considérer le PowerPoint « Calvados territoires 2025 » présentant la nouvelle politique territoriale dans sa globalité le 25 novembre. Mais dans ce document, il s’agit des aides à l’investissement. Il y est fait allusion à l’articulation avec la nouvelle politique culturelle mais celle-ci n’y est pas définie. Au passage, dans la page méthode : un processus participatif, vous nommez les référents : le DGA ; J.Besnier, G.Bodet, A.Maisonneuve, J.Deslondes. Quatre des cinq directions actuelles sont citées, pourquoi la cinquième, l’archéologie n’y est-elle pas??? L’archéologie ne ferait donc plus partie de l’action culturelle du département alors même que nous connaissons la passion et le talent de ce service pour expliquer l’histoire de notre territoire ??? Vous voudrez bien m’éclairer s’il vous plait.

Je ne commenterai pas plus aujourd’hui votre organigramme dédié à la culture qui pour l’instant me laisse interrogatif. Je ne préjuge pas des compétences des personnes qui arrivent dans ce service même si leur parcours ne le montre pas d’évidence. Une conséquence est malgré tout la perte d’un poste à la bibliothèque du Calvados.

Plus tard, j’ai reçu le document contenant les rapports que nous discutons aujourd’hui. J’ai donc sans tarder recherché celui qui parlerait de la nouvelle politique dédiée à la culture. J’ai commencé par le débat d’orientation budgétaire… Et là grande déception : pas un mot sur la refonte de la politique culturelle et pourtant, vous aviez évoqué l’idée que le budget de la culture serait augmenté… Pas une seule fois on ne trouve le mot culture dans les 72 pages de ce rapport. Enfin si, une fois, à la page 39, mais il s’agit de diffuser une culture achats au sein des services…  Il me fallait chercher ailleurs.

J’ai continué ma lecture pour en arriver au rapport sur la nouvelle politique territoriale intitulée « Stratégie Calvados Territoires 2025 ». Là, j’y ai trouvé un peu plus d’informations. Vous y précisez en effet les priorités en matière d’aide à l’investissement dans des équipements et aménagements culturels pour prioriser les écoles d’enseignement artistique, soutenir les lieux de diffusion, soutenir la lecture publique et valoriser les richesses patrimoniales du Calvados.

Satisfait de lire que la culture constituera désormais un marqueur fort du projet de la mandature et plus loin que la culture sera une priorité forte de Calvados 2025, je m’attendais à lire comment cette priorité se déclinerait en objectifs opérationnels précis, montants d’aide, critères, taux de participation. Et pas seulement pour ce qui concerne l’investissement mais sur ce qui est à mon sens tout aussi important : quelle sera l’intervention de notre collectivité pour ce qui concerne le fonctionnement ???

Rien !

Vous conviendrez avec moi qu’une politique d’aménagement du territoire ne constitue pas une politique culturelle.

Enfin, lundi dernier, c’est-à-dire, juste une semaine avant nos débats, nous recevions par messagerie électronique le rapport consacré à la refonte de la politique culturelle du département accompagné d’un courrier de Clara Dewaël-Canouel, Vice-Présidente en charge. J’ai d’abord lu le courrier de Clara qui nous précise que nous aurons à délibérer sur le sujet mais qu’elle n’a pas jugé utile de réunir la commission qu’elle préside pour en discuter préalablement…

J’avoue avoir été choqué par cette décision. C’est la première fois je crois bien en tout cas depuis que je suis élu, qu’un rapport aussi important n’est pas discuté en commission avant le débat en plénière.

J’ai mieux compris pourquoi en lisant attentivement les deux pages du rapport.

Il n’y a en effet pas de quoi réunir une commission pour un document qui, après trois mois de travail ne donne aucune vision de ce qui constitue votre politique culturelle. Vous ne parlez de la culture que comme outil de qualification des territoires.  On aurait pu attendre autre chose.

Vous auriez pu dire que la politique culturelle vise à permettre l’épanouissement des citoyens, des plus jeunes aux séniors. Que la culture, c’est aussi le lieu du partage des émotions, que mettre en place une politique culturelle ambitieuse améliore également le « vivre ensemble » si indispensable aujourd’hui. Enfin, une politique culturelle est un formidable outil pour développer un sentiment d’appartenance à un territoire. Mais vous ne développez rien qui aille dans ce sens et c’est un premier regret.

J’en viens aux 4 axes.

  1. Favoriser le développement culturel des territoires

C’est le plus développé des 4. Et vous m’avez déjà entendu dire au sujet des contrats de développement culturel que je pense que l’idée est bonne dans son principe. Mais pourquoi ne nous donnez-vous pas d’ores et déjà plus de précisions sur les modes d’intervention du département ? Vous parlez d’aides spécifiques. En quoi consistent-elles ? C’est important puisqu’il y est question de professionnalisation des territoires. Aiderons-nous à 50% ou plus ou moins à la création de postes qualifiés dans le domaine culturel concerné ? L’aide sera-t-elle dégressive comme il en a été question je crois ? Comment, sans ces précisions importantes les collectivités pourront-elles s’engager dans une politique de développement culturel ?

Vous déclinez ensuite les secteurs que vous comptez développer.

D’abord la lecture publique. Sur ce sujet, vous nous dites que le précédent schéma a permis de structurer le réseau et qu’il faut franchir une étape de plus. Dont acte, mais quid des nombreuses zones blanches qui émaillent notre département ? Vous n’en parlez pas. Vous revenez sur la décision adoptée le 12 décembre concernant l’extension des ressources numériques de la bibliothèque du Calvados, proposition que nous avons adoptée bien qu’elle n’ait jamais été étudiée non plus en commission. J’attends à ce sujet toujours le bilan de cette proposition offerte aux bibliothèques.

Ensuite vous nous présentez trois évolutions pour le spectacle vivant.

Première évolution les saisons de l’ODACC seront remplacées par des saisons culturelles de territoire. Là encore le manque de précisions est patent. Mais au-delà de la question du niveau du soutien financier et technique du département, je suis persuadé et je le redis aujourd’hui avec force : si le principe pourra réussir dans certains territoires qui sont déjà bien impliqués dans la démarche, je pense que la disparition des saisons mises en place depuis 30 ans par l’Odacc dans le département ne trouvera pas de remplacement et c’est cet accès au spectacle vivant dont seront privés bon nombre de nos concitoyens.

Avez-vous une petite idée du succès que rencontre la saison de l’Odacc cette année ? D’ailleurs qui dans cet hémicycle est allé assister à une de ces représentations ?

  1. le Président, vous vous réjouissiez dans l’édito de la plaquette du succès de la saison passée et ses plus de 7600 entrées. Alors si vous avez aimé la saison 2015-2016, vous allez adorer la saison 21016-2017 qui part sur des chapeaux de roues !

Les Slixs ont fait le plein sur 6 dates, Sacco et Vanzetti, pièce de théâtre exigeante a connu le même succès. Ce n’est pas Paul Chandelier qui me contredira. S’il est allé le voir dans sa ville, il y a vu 200 personnes dans le public. J’étais à Villers-Bocage vendredi dernier où « Le siffleur » a donné sa dernière prestation à devant 130 personnes soit la capacité maximum de la salle et il faut préciser que 150 personnes ont été refusées à ce spectacle. Il en était de même au Molay Littry : 200 personnes de tous âges qui font une standing ovation à l’orchestre régional et à l’artiste. De même à Evrecy qui a vu cette année son nombre d’abonnés passer de 100 à 230 !

Et partout les mêmes inquiétudes voire la colère de savoir que ces saisons verront leur fin prochainement. Les bénévoles que j’ai rencontrés s’en plaignent : ils ont l’impression d’être pris pour des moins que rien car ils n’ont pas été concertés. Ils se sentent abandonnés par le Département.

Voilà qui augure mal de votre volonté désormais de les associer à ce que vous appelez la mise en culture de leur territoire.

Comme je vous l’ai déjà dit, votre décision de mettre fin aux saisons organisées par l’Odacc ou le service culturel du département qui le remplace est une erreur grave qui pénalisera plus encore les territoires ruraux. Au moment où vous rappelez que la loi NOTRe confirme le rôle du département comme garant de la solidarité territoriale, vous vous apprêtez à abandonner le Calvados des champs, vous M. le Président dont Sonia de la Provôté dans l’Express dit que vous n’êtes pas un urbain pourtant. Quelle collectivité dans certains secteurs déjà distants des structures culturelles aura la capacité de mettre en œuvre une saison de la qualité professionnelle de celle qu’organise l’Odacc avec un prix d’entrée à 7 € pour les abonnés ou 10 € pour les autres, à 4€ pour les étudiants, les jeunes et les demandeurs d’emploi et gratuit pour les – de 10 ans pour voir des spectacles professionnels sélectionnés à Avignon ?

A moins que nous ne concédions notre aide sans a priori dites-vous à des spectacles de moindre exigence sur le plan artistique. Je pense que la tentation sera grande pour vous de dire dans quelques temps que le système nouveau fonctionne en argumentant du fait que là où il n’y avait rien, il y a aujourd’hui 2-3 spectacles qui sont programmés du genre « Belle-mère à vendre » (programmé par la ville d’Ifs cette année) ou le tampon du capiston comme me le soufflait un de nos anciens collègues qui connaissait bien l’Odacc.

Votre détermination vire parfois à l’entêtement dit Sonia de la Provôté encore une fois dans l’Express. Ai-je quelque espoir de l’infléchir en vous demandant de ne pas mettre fin à des saisons de spectacle vivant de qualité dans notre département ?

Plus loin, vous parlez de l’implication des acteurs culturels du territoire qui occuperont une place importante dans le dispositif. De qui parlez-vous ? S’agit-il de ceux qui constituaient les personnes qualifiées siégeant au CA de l’ODACC sur lesquelles s’appuyait – insuffisamment sans doute – la réflexion sur la politique culturelle du Département ?

Si tel est le cas ceux-ci sont certainement prêts à co-construire avec vous cette politique encore faut-il qu’ils soient consultés avant que vous ayez organisé totalement l’ensemble de celle-ci.

Une réunion avait été prévue fin décembre, elle est déjà repoussée, ce qui ne manque pas de les interpeler.

Dans ces deux pages : rien sur le cinéma ni sur les Arts visuels ? Seront-ils abandonnés ou votre G6 a-t-il choisi de les confier à la seule Région ?

Rien non plus sur les pratiques en amateur, axe essentiel et fédérateur.

Je ne veux pas être trop long. Je ne m’étendrai donc pas sur ce qui concerne le patrimoine seulement pour vous demander si le service archéologique sera uniquement chargé des fouilles préventives ou bien s’il gardera un volet de médiation auprès du public, ce qu’il fait si bien.

Je passerai rapidement sur le volet « soutenir et développer l’offre d’enseignement artistique ». Les 5 lignes qui résument votre volonté semblent conforter le schéma de développement adopté récemment et pourtant vivement critiqué par le cabinet Via-Culture. Virginie le Dressay en CA a annoncé que le schéma irait à son terme. Le confirmez-vous aujourd’hui ?

Enfin je souscris à ce que vous proposez pour l’axe Contribuer à la diversité et la cohérence des actions d’éducation artistique au collège. Il demande malgré tout des précisions.

J’en viens à votre conclusion qui vaut d’être lue avec beaucoup d’attention. Elle comporte une contre-vérité, un écart de langage et une surprise.

La contre-vérité : Vous nous dites que vous souhaitez mobiliser des moyens supplémentaires et on apprend à la page d’après qu’il s’agit en fait du redéploiement des crédits de fonctionnement des anciens contrats de territoires… Il n’y aura donc aucuns moyens supplémentaires dédiés à la culture. Le seul avantage consistera en un réel examen des dossiers alors qu’auparavant ils ne l’étaient pas par le service culturel.

L’écart de langage : vous écrivez M. le Président que cette politique a été sacralisée… Je sais que vous soutenez François FILLON aux prochaines présidentielles et que ce candidat montre une proximité avec le sacré mais vous auriez dû rester plus neutre et dire que cette politique a été sanctuarisée. C’est d’ailleurs le terme que vous avez utilisé tout à l’heure dans vos propos introductifs.

La surprise : c’est que bien que Clara l’ait annoncé, ce rapport ne fait pas l’objet d’une délibération. Nous le ferons sans doute quand les détails de cette nouvelle politique auront été approfondis et peut-être alors seront-ils étudiés en commission.

En conclusion, j’avoue ma déception à la lecture de ce rapport dont on nous avait fait l’annonce en septembre avec emphase. J’ai encore en mémoire l’intervention de Virginie le Dressay citant Jean-Philippe SMET en disant « A force de forcer ma force ». Johnny, dans sa chanson, avait oublié de vivre. Il semble que vous avez oublié de travailler sérieusement ce dossier dont le rapport avec son sujet : la culture c’est surtout son flou artistique.

Du coup, ce rapport me fait repenser à l’excellent spectacle que j’ai vu vendredi dernier à Villers-Bocage. Le moment où le siffleur interprète l’air de Papageno de la flûte enchantée. Je n’ai pas le talent de Fred Radix pour vous siffler les cinq notes de l’oiseleur mais vous les connaissez. Aujourd’hui, vous ne nous avez pas présenté une refonte de la politique culturelle, vous nous avez joué un petit air de pipeau !

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