Intervention d’Eric VEVE sur le Schéma Départemental de Coopération Intercommunale

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Je suis surpris par tant de résistances au changement, tant d’immobilisme et de conservatisme !

Comme j’ai eu l’occasion de le dire par le passé, notre pays présente une spécificité institutionnelle en Europe : ses 36 000 communes, héritages d’un très lointain passé.

Que dire de notre département qui compte plus de 700 communes ! Si chaque département avait autant de communes, ce ne sont pas 36 000 communes qui seraient dénombrées en France mais 70 000 (…).

Dans ce contexte, les intercommunalités devraient naturellement s’imposer comme un remède au morcellement communal dans le Calvados.

Or, l’intercommunalité patine manifestement dans notre département.

En effet :

  • D’abord, le nombre de petites communautés de communes y est particulièrement élevé.
  • Ensuite, le fait est que le Calvados est l’un des départements français qui a le moins progressé en termes de regroupements d’EPCI lors du dernier schéma de coopération intercommunal en 2011.
  • Enfin, dernière illustration, je rappellerai que plutôt que de voir l’extension de Caen la mer à 300 000 habitants comme une opportunité, comme le proposaient en 2011 le Préfet et les responsables de tous bords de l’agglomération, un consensus s’est dégagé dans les rangs de la Droite départementale pour la faire capoter. On parlait alors de « l’ogre » Caen la mer, de volonté hégémonique et annexionniste de notre part. Pendant ce temps, de l’autre côté de la Seine, la communauté d’agglomération rouennaise opérait sa mue et atteignait les 490 000 habitants…

Le schéma intercommunal qui nous est présenté appelle trois commentaires de ma part.

Mon premier commentaire est que nous avons un département du Calvados très hétérogène en termes de progrès de l’intercommunalité. Nous avons des territoires où les intercommunalités vont très fortement évoluer. Ils sont au sud du Département, autour de Lisieux, d’une part, et de Vire, d’autre part, là où les élu-e-s ont compris que ce sont les intercommunalités qui génèrent des dynamiques de projets et de progrès aujourd’hui. Dans d’autres parties du Calvados, les évolutions se feront a minima. Ailleurs, c’est le statu quo.

Mon deuxième commentaire est que par-delà une ligne de partage nord-sud dans le Département, nous observons une fracture d’est en ouest dans la future région normande.

Au nord-est de chez nous, dans le département de la Seine-Maritime, nous comptons une agglomération qui a compris que pour compenser l’infériorité démographique de sa ville centre par rapport au Havre, elle devait atteindre une dimension métropolitaine : c’est la CREA avec ses 490 000 habitants. A côté de cela, nous avons une agglomération – la CODAH- qui est certes de taille moyenne (236 000 habitants) mais avec une très grande ville centre : Le Havre, et ses 173 000 habitants, qui cherche à étendre son influence de ce côté-ci de la Seine.

A l’ouest de la région, nous avons un département de la Manche qui devrait connaitre des évolutions majeures avec des regroupements sans précédent de ses intercommunalités et l’extension du territoire de Cherbourg qui avoisinera les 100 000 habitants.

Ainsi donc, cela bouge au sud-est et au sud-ouest de notre département. Cela bouge aussi à l’est et à l’ouest de la Normandie. Mais au milieu de tout cela, il y a une espèce de ventre mou, au nord et au centre du Calvados, où cela bouge très peu. Je le déplore évidemment !

Mon troisième et dernier commentaire porte sur l’agglomération de Caen la mer. Je suis heureux évidemment que Caen la mer puisse fusionner avec la communauté de communes de Thue et Mue. En revanche, je constate avec dépit que si un rapprochement doit avoir lieu avec Plaine Sud, celui-ci pourrait peut-être ne se faire que grâce aux forceps du Préfet. En effet, si le Président de cette communauté de communes, Philippe Jouin, est favorable à un tel rapprochement, certaines forces centrifuges plaident en faveur d’une fusion avec Val Es Dunes, et ce à des fins politiciennes.

Je regrette enfin que l’on ne puisse pas agréger d’autres territoires autour de Caen la mer en plus de Thue et Mue et, éventuellement, Plaine-Sud.

Je le regrette d’abord parce que le bassin de vie de Caen la mer s’étend bien au-delà de ces deux intercommunalités.

Je le regrette aussi parce que comme vous le savez, l’élaboration de la nouvelle carte intercommunale et le choix du futur siège du conseil régional vont se faire concomitamment.

Nous voulons tous, ici, que Caen joue un rôle majeur, sur le plan politique, dans le cadre de la future région Normande. Dès lors, soyons cohérents !

C’est la raison pour laquelle j’appelle celles et ceux qui, dans cette assemblée, plaident avec ferveur pour que Caen devienne le siège du futur Conseil régional – pour certains d’entre vous, après s’être opposés, en 2011, à l’extension de Caen la mer- à passer de la posture aux actes, et ainsi à faire jouer leurs forces de conviction et de persuasion pour que l’agglomération caennaise devienne demain une très grande communauté urbaine en capacité de jouer pleinement le rôle politique qui doit lui revenir.

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