Intervention de Guy BAILLIART sur les collèges lors de la session du 18 avril 2014

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Vous nous demandez de nous prononcer en faveur de la fermeture du collège Lemière pour, dites-vous, « répondre au nécessaire rééquilibrage des effectifs et de l’offre pédagogique à Caen ».

Nous savons tous que les évolutions de la population font qu’il est parfois nécessaire de fermer ou d’ouvrir des classes, des écoles ou des collèges, ceci ne fait pas débat.

Ce qui fait davantage débat c’est la méthode et les critères choisis. Ordinairement on ferme un établissement quand il a du mal à recruter, ce n’est pas le cas à Lemière, au contraire, c’est un collège très recherché et qui suscite un grand nombre de demandes de dérogations, c’est un collège choisi. Vous nous dites qu’il faut le fermer pour sauver un autre collège : Marcel Pagnol, lequel perd des élèves, l’idée étant je suppose que les élèves (et leurs parents) vont accepter cette décision sans trop de difficultés. Manifestement les parents d’élèves ne semblent trouver cette solution ni souhaitable ni anodine et compte tenu du fait que nombre de ces parents et de ces élèves semblent savoir comment éviter les établissements qu’ils ne choisissent pas on peut s’interroger sur le nombre des élèves qui iront vraiment à Marcel Pagnol. En fait comme ces élèves dérogataires, très nombreux à Lemière, ne sont pas sur leur secteur scolaire, ils ne seraient susceptibles de rejoindre Pagnol que si ils y trouvaient des formations introuvables sur leur secteur et qui, leur tiendraient vraiment à cœur ou bien parce que nous aurions réussi à les convaincre de notre volonté de faire de Pagnol un collège d’excellence comme l’est Lemière. Pensez-vous les avoir convaincu ? Manifestement non, vous nous avez expliqué que Pagnol perdait des élèves à un rythme inquiétant, mais que dire de Lemière, les élèves et leurs parents ont déjà pris leurs dispositions et ce collège qui refusait du monde perd lui-même des élèves (350 en 2012 et 268 en 2013) , faute d’avoir su discuter et convaincre au lieu d’un collège en difficulté nous en avons deux dont un des meilleurs de Caen.

C’est d’autant plus désolant que le collège Pagnol pourrait avoir beaucoup d’atouts. Le terrain sur lequel il est bâti est vaste, il permet des évolutions tout à fait intéressantes, et vous nous dites vouloir faire de ce collège un établissement qui attire. Vous nous annoncez des investissements importants, l’ouverture de sections attractives mais alors pourquoi avoir forcé l’allure et demandé aux élèves de devancer la réalisation de ces projets (rappelons que la livraison des travaux est prévue et seulement prévue en 2017 alors que la moitié des élèves éventuellement transférés seraient déjà partis pour le lycée). Nous essayons ordinairement de faire les travaux quand il n’y pas d’élèves, là vous souhaitez faire venir les élèves avant de commencer les travaux. Pour des raisons de commodité, c’est déjà étrange, pour des raisons psychologiques c’est tout aussi surprenant puisque vous demandez aux élèves et aux enseignants de quitter un collège qui manifestement leur convient pour un établissement en travaux, aucun hôtelier ne se risquerait à faire venir ses clients dans de telles conditions, pas étonnant qu’ils ne soient pas convaincus.

Vous avez répondu, par avance à cette objection en disant que la fuite des élèves de Pagnol devient si rapide qu’on ne peut plus attendre, mais si vous n’espérez pas convaincre les élèves de Pagnol que le meilleur est à venir comment comptez-vous en convaincre ceux de Lemière ?

En réalité derrière ce projet qui devrait être un projet pédagogique pour ces 2 collèges mais aussi au niveau de l’agglomération caennaise il n’y a qu’un projet de fermeture basé sur une arithmétique froide qui oublie la nécessaire concertation avec les élèves, les parents, les enseignants et prend le risque de l’échec et de l’amertume. En fait nous le disons depuis le début de cette malheureuse affaire ce qui manque c’est un projet d’offre éducative globale étudié en concertation avec les services de l’éducation nationale au niveau de l’agglomération qui évite, autant que faire se peut, de créer une hiérarchie entre les établissements. Il faut donner sa chance et sa spécificité à chaque collège de Caen en jouant sur les filières et les projets d’établissement, cela n’est même pas évoqué dans le rapport et, dans l’état, nous ne pouvons pas approuver votre démarche.

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