Intervention de Clotilde VALTER, Présidente du Groupe socialiste et radical lors de la session du 19 janvier

Monsieur le Président, Chers collègues,
Notre pays vit en ce moment une lourde épreuve.
Dans ce moment très particulier, face à la terreur et à la haine, face à ceux qui s’attaquent à la République et à nos valeurs, qui veulent déchirer notre société et briser notre modèle démocratique, il nous faut nous rassembler et nous attacher à l’essentiel.
C’est tous ensemble que nous réussirons à faire prévaloir les principes et les valeurs qui sont au cœur du pacte républicain qui nous unis.
Chacun à sa place,élu, citoyen a son rôle à jouer pour préserver le cadre démocratique que nous voulons pour notre pays.
Élus du département, nous avons ici la responsabilité de faire la preuve que notre collectivité fonctionne, qu’elle remplit ses missions et qu’à sa façon, elle fait vivre la démocratie et contribue à améliorer concrètement la vie de nos concitoyens.
Voilà notre responsabilité, voilà notre tâche et notre contribution, individuelle et collective dans la période.
1- De ce point de vue, nous avons, collectivement quelques progrès à faire pour améliorer nos méthodes de travail et le dialogue entre nous.
Il en va, Monsieur le Président, du respect des électeurs.
Ainsi, lors de notre dernière session, je vous ai posé, au nom du groupe socialiste et radical, une série de questions précises.
Je regrette que vous n’ayez pas souhaité répondre à chacune d’entre elles. Mais c’est surtout un manquement au bon fonctionnement de notre assemblée.
Parmi les questions posées figurait une interrogation concernant la déviation de Canapville, suite à un article de presse grâce auquel nombre d’entre nous avaient appris que vous aviez sollicité le Préfet afin de ré-ouvrir la consultation au sujet du projet de déviation.
Non seulement vous n’aviez pas répondu à notre question mais il a fallu un échange de lettres avec la ministre de l’écologie pour que nous informiez du fond du dossier, en nous adressant copie de ces courriers à la veille d’un nouvel article de presse.
Bien sûr, la presse contribue au débat démocratique mais ce ne peut devenir un moyen pour le Président du Conseil général de s’adresser à ses collègues, qui déjà en 2011 avaient appris de cette façon l’interruption du programme d’investissement routier. Tous s’en souviennent ici.
Ce procédé est d’autant plus étonnant que ce dossier est sensible parce que, à la fois:
– le projet coûte très cher (plusieurs dizaines de M €),
– parce que le fait qu’il soit, depuis des années, la première priorité du département est largement contesté, sur tous les bancs, dans la mesure où nombre de territoires, le plus souvent au sud du département, se considèrent comme mal desservis,
– parce que trois bassins d’emplois en difficulté ne sont pas, encore aujourd’hui, desservis par une deux fois deux voies (Vire, Condé et Lisieux).
Ce procédé devient choquant parce que vous concentrez moyens financiers, énergie et volonté politique sur ce dossier qui va coûter des dizaines de M€ et dont peu d’habitants du Calvados ressentent effectivement le besoin et l’urgence tandis que, dans le même temps, et depuis plusieurs années maintenant, vous n’avez plus engagé de nouveaux projets routiers dans le département et avez renoncé, l’un après l’autre à la plupart des projets réclamés par nos territoires.
Vous n’en avez pas les moyens dites-vous.
Dont acte. Nous acceptons de vous suivre sur ce chemin.
Mais comment alors pouvez-vous nous expliquer que vous n’avez pas les moyens de faire autre chose que d’entretenir le réseau routier, et encore avec quelques délais d’attente, pour le territoire et dans le même temps de persister dans ce qui devient une aventure hasardeuse, de mener à bien ce projet qui fut un temps pharaonique, certes ramené à des proportions plus raisonnables, mais qui ne se justifie pas pour la très grande majorité des habitants du Calvados ?
2- En cette période de réforme territoriale, nous regrettons que le Conseil général soit sorti des radars
Vous avez choisi Monsieur le Président, depuis 2010 de critiquer toute forme de réforme territoriale, d’où qu’elle vienne, de droite comme de gauche, vous être contre. Vous voulez conserver les choses en l’état. C’est un point de vue qui n’est pas le nôtre mais que nous respectons.
Mais ce faisant, vous faites disparaître le Conseil général du débat sur l’organisation de notre territoire et du département.
Où est votre projet pour notre territoire ?
Nous ne le savons pas !
Nous ne le connaissons pas !
Vous n’avez pas pu aller jusqu’à remettre en cause la fusion des deux régions mais qu’attendez-vous de la Normandie ? Nous n’en savons rien.
Alors que dans les deux régions, des débats citoyens ont été organisés cet automne dans nombre de villes, attirant en nombre élus et citoyens, nous ne vous avons pas entendu. Nous n’avons pas entendu la parole du Calvados pour nous dire ce que notre département attendait de la Grande Normandie, quelle place il entendait y prendre et dans quels projets il voulait s’inscrire. Alors qu’il occupe une position centrale au cœur de la Normandie, alors qu’il est le département le plus peuplé de Basse-Normandie, le Calvados est sorti des radars !
Ce n’est pas le moment de nous endormir Monsieur le Président !
Au contraire c’est le moment de nous réveiller et de prendre notre place dans le nouvel ensemble !

Sur notre territoire départemental, une grande réorganisation se prépare. Elle avance. Vite. Très vite.
Les communautés de communes préparent des regroupements, on réfléchit à des communautés d’agglomération, à des communes nouvelles.
L’agglomération caennaise s’organise et bientôt verra le jour un pôle métropolitain.
Et où est le département dans tout cela ? Nous ne savons pas. Nous ne l’entendons pas. Sauf pour s’opposer, décourager et conserver en l’état.
Il faut que cela change Monsieur le Président !
Nous savons dans cette assemblée combien pèse sur nos débats le poids des relations entre le département et l’agglomération caennaise.
Dans la recomposition qui s’annonce, ne rien dire c’est subir. Ne rien faire c’est dépérir. Ne rien proposer c’est mourir.
Alors Monsieur le Président, au lieu de fustiger depuis bientôt cinq ans les réformes territoriales successives, il eut été préférable de construire un projet pour notre territoire pour en faire un acteur incontournable dans le processus aujourd’hui en cours.
Il est bien tard aujourd’hui.
Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire !
3- enfin, Monsieur le Président, faute de présenter à nos concitoyens un projet pour notre territoire, que fait le Conseil général ?
Difficile au travers de l’exercice budgétaire que vous nous proposez de répondre à cette question.
La conjonction de la réforme territoriale et de l’action de redressement des finances publiques nous place dans une situation d’autant plus cruciale que l’action du Conseil général devient quasi-illisible alors que les communautés de communes se sont affirmées et sont aujourd’hui en train de préparer l’avenir.
Que l’exercice budgétaire soit contraint, c’est un fait.
Mais c’est le cas de toutes les collectivités publiques de notre pays.
Que vous ne profitiez pas de la situation pour revisiter les politiques menées est une erreur lourde de conséquences pour le conseil général.
Continuer comme avant avec moins, ce que vous faites, est la pire des solutions :
– vous avez encore moins qu’avant de priorités car cela signifierait encore plus de faire des choix et de renoncer à certains projets pour pouvoir en réaliser quelques-uns,
– au lieu de retenir quelques projets emblématiques, on continue de saupoudrer et d’étaler dans le temps,
– vous sacrifiez des perspectives d’avenir, gérez à la petite semaine au lieu de vous inscrire dans le long terme
C’est là que concrètement, il nous faudrait affirmer notre identité, notre spécificité
Notre identité ce sont nos compétences
Or de ce point de vue, l’attitude de votre majorité est paradoxale :
– au lieu d’affirmer et de revendiquer cette identité et les compétences qui sont celles du CG, vous cherchez sans cesse à en sortir au titre de la compétence générale, or au lieu de nous renforcer cette attitude nous affaiblit car cela conduit à une espèce de dilution tant des crédits que de notre action et donc de brouillage,
– au lieu de revendiquer notre cœur de compétence avec le social, vous ne cessez de dire que cela coûte trop cher, qu’il y a trop de personnes à prendre en charge, vous finissez par en donner une image négative alors que ce devrait être notre vocation, notre image, notre projet que de porter la solidarité,
– au lieu de préserver ce qui a été engagé dans le passé avec une politique active d’investissement au profit des collèges publics, vous êtes le Président et la majorité qui ferment les collèges tout en refusant de consacrer aux investissements pourtant nécessaires les financements correspondants,
– certes vous avez souhaité à travers le plan très haut débit moderniser l’image du département mais il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui malheureusement, les réalisations ne sont pas à la hauteur des espoirs nés dans nos territoires.
Chers collègues,
Je ne souhaite pas être trop longue mais, on le voit bien, notre collectivité est à un tournant de son histoire. Confrontée à des mutations considérables, elle doit aujourd’hui se ressaisir pour relever sans attendre les défis qui sont devant elle.
Je vous remercie.

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