Intervention de Bertrand HAVARD sur les collèges

M. le Président, mes CC,

Je souhaite intervenir sur ce dossier qui concerne les collèges, compétence importante qui revient à notre collectivité.

Vous entérinez aujourd’hui la décision de fermer le collège Jacquard et d’autres ont déjà dit ou diront les difficultés qui accompagnent cette décision. La plus délicate étant certainement de parvenir à intégrer les élèves dans leur nouvel établissement de secteur.

Assurément, changer la sectorisation n’est pas chose aisée et déplacer des populations vers un autre collège ne se règle pas si simplement que cela. Nous suivrons donc avec attention l’effectivité de ces intégrations. D’autant que l’assouplissement de la carte scolaire, décidée par le précédent gouvernement, tend à ruiner toute tentative de mixité sociale dans les établissements.

Cette année, c’est l’annonce de fermeture du collège Lemière qui fait débat. Il n’est pas dans mon intention aujourd’hui d’argumenter sur le maintien ou la fermeture de ce collège ; je ne doute pas que d’autres aborderont la question. Vous en avez fait l’annonce et comme lors de vos vœux, vous avez cité Saint Thomas d’Aquin, je pense que vous avez fait vôtre une autre pensée de ce théologien qui a dit par ailleurs que « Le meilleur gouvernement est celui d’un seul chef.  » En effet, cette décision de fermer le collège Lemière vous l’avez prise seul. Vous accepterez donc que nous n’en accompagnions pas positivement les arguments. Parallèlement, vous indiquez votre volonté de rénover le collège Pagnol de la Grâce de Dieu. Cette décision fait évidemment plus facilement consensus. Ce quartier mérite un collège de proximité de qualité. Il mérite également le travail de fond qui sera mené par l’équipe éducative pour parvenir à rendre plus positive l’image de ce collège.

Nous avons, avec la commission, visité ce collège et apprécié le potentiel qu’assurent son emprise foncière et son implantation actuelle.

Lors de cette réunion il a été annoncé que dans le meilleur des cas, le début des travaux ne pourrait se situer qu’aux alentours de 2015. J’ai dès ce jour-là fait part de mes craintes sur l’inadéquation du planning de vos décisions.

En effet, vous décidez de fermer le collège Lemière pour la rentrée 2014 alors que les travaux de rénovation du collège Pagnol ne démarreront que l’année d’après. Cela veut dire en clair que la nouvelle sectorisation pour les élèves affectés aujourd’hui au collège Lemière, qui seront en partie dirigés vers le collège Pagnol dès la rentrée 2014 ne fonctionnera pas.

Les familles, dont on mesure aujourd’hui l’attachement au collège de centre ville n’inscriront pas leurs enfants au collège Pagnol à la rentrée 2015. On ne déplace pas les familles comme on déplace des pions sur un échiquier. En l’état, la proposition n’est pas viable et va droit à l’échec.

Les seuls bénéficiaires potentiels seront sans doute les établissements privés qui dérouleront le tapis rouge devant les familles insatisfaites par les décisions que vous prenez.

Je pense sincèrement qu’aucun d’entre nous dans cette assemblée ne conteste la nécessité d’adapter l’offre scolaire à la démographie et donc personne ne peut dire qu’il est impensable de fermer un collège. Notre divergence ne situe pas là. Notre désaccord concerne la méthode. Nous pensons que les décisions qui concernent cette politique centrale du conseil général doivent s’appuyer avant tout sur un objectif prioritaire : la réussite éducative des jeunes calvadosiens. Vous appuyez votre politique en priorisant l’angle économique.

Permettez-moi de rappeler les grandes lignes de ce que serait notre ligne de conduite pour accomplir la double mission confiée par la loi, à savoir : la responsabilité de construire, d’entretenir les collèges et de prendre en charge leurs dépenses de fonctionnement et la sectorisation.

Je n’en rappellerai ici que les grands principes

    • Tout d’abord, nous considérons qu’il faut envisager cette politique au niveau départemental et non faire ce jeu de mise en concurrence d’établissements les uns contre les autres. Cela se met en œuvre en effectuant un diagnostic de l’existant au niveau départemental à partir d’éléments objectifs : Evolution des effectifs, Date de construction du collège, Niveau d’équipement, Accessibilité, sécurité, Niveau d’attractivité,…
    • Il faut également redéfinir la carte scolaire en prenant en compte :

                                                               i.      Le coût d’adaptation-rénovation des collèges

                                                             ii.      le temps de transport supporté par les élèves et veiller à ce que la sectorisation n’impose pas plus d’une heure de transport aux collégiens les plus éloignés,

                                                            iii.      Il faut la volonté politique forte de privilégier la proximité notamment pour les populations les moins mobiles et créer dans les collèges situés dans les quartiers défavorisés des pôles d’excellence qui favoriseront la mixité de population

                                                           iv.      Il faut limiter le nombre d’élèves pour ne pas dépasser le nombre de 500 élèves (600 grand maximum) par collèges. Ce choix permet d’éviter les difficultés inhérentes aux collèges de grand effectif (anonymat des élèves, …) et apporte plus de flexibilité pour la mise en œuvre de la sectorisation.

                                                             v.      Il faut veiller à la bonne intégration des Sections d’enseignement général et professionnel adapté, les SEGPAS en les considérant comme partie intégrante des établissements

  • Il faut adosser la politique de construction reconstruction à une action plus générale sur la jeunesse pour permettre de développer d’autres projets éducatifs, culturels ou pédagogiques, mais également de promouvoir une dynamique de projets afin de renforcer la réussite éducative des jeunes Calvadosiens (27 000 élèves en collège actuellement).
  • Ancrer chaque établissement dans son territoire. Chaque secteur de collège a ses particularités. Un collège est un équipement structurant majeur. Il doit donc s’inscrire dans le contexte qui l’entoure.
  • Travailler l’attractivité de chaque collège. En fonction de la situation du collège (milieu urbain centre ville, quartier sensible, rural,…) il convient de construire l’image du collège autour d’une particularité qui mettra en avant le potentiel de l’établissement. Exemples :
  1. Un collège rural pourra renforcer son attractivité en s’appuyant sur la prise en compte de la vallée de l’Orne qui le borde (activité sportives, environnement,…)
  2. Des sections sportives à proximité d’équipements de qualité
  3. Des classes culturelles dans les quartiers sensibles,
  • Concertation avec les équipes de direction et enseignantes. De toute évidence la mise en place de tels projets n’est valide qu’après concertation avec les acteurs de terrains qui élaborent le projet de chaque établissement.
  • Veiller à la place de parents dans le dispositif. C’est aussi un axe fondamental. Il se joue d’abord dans la prise en compte lors de la construction des établissements car on oublie trop souvent de prévoir un espace parents dans les cahiers des charges. Au-delà, il apparaît essentiel d’associer les parents, premiers éducateurs de leurs enfants au plan stratégique d’investissement et au projet éducatif départemental.
  • Impliquer les élèves. Au centre des préoccupations du projet, les collégiens doivent être acteurs de l’élaboration du projet. La solution du conseil des collégiens semble la plus adaptée.
  • Travailler avec l’éducation nationale. Dans un souci de cohérence et de lisibilité, la concertation avec les services de la direction académique est primordiale. Elle doit également permettre de veiller à la liaison école-collège.

Voilà M. le Président, mes CC les éléments fondamentaux qui devraient guider la politique de notre assemblée sur la question essentielle des collèges. Elle aboutirait certainement à une meilleure adéquation de l’offre scolaire sur notre département, ne se couperait pas de l’impérieuse nécessité de veiller à la bonne utilisation de l’argent public et permettrait une meilleure adhésion de tous aux décisions d’ouverture et fermeture d’établissements.

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