BP 2016 – Intervention Bertrand HAVARD sur le rapport « Bien vivre dans le Calvados »

Monsieur le Président, Chers Collègues,

Je souhaiterais intervenir globalement sur ce grand chapitre « Bien vivre dans le Calvados » qui se décompose en plusieurs rapports et cela pour deux raisons :

  1. D’abord, vous nous proposez une baisse importante de 810 000 € du budget consacré à cette politique qui se décline dans toutes ses composantes. C’est une baisse importante qui s’accompagnera nécessairement d’une dégradation de ce « Bien vivre dans notre département ». Parmi ces baisses, la politique en faveur de l’accès aux pratiques culturelles et aux richesses patrimoniales est la plus impactée avec près de 8,62% de baisse.
  2. La deuxième raison s’attache à votre projet de refonte des politiques culturelles du département. Comme je l’ai dit en commission, nul ne peut s’opposer à la nécessaire évaluation-amélioration d’une politique. Pour autant, la présentation faite en commission le 20 janvier par le service rattaché à la direction finances interroge sur les finalités de l’entreprise. J’imagine combien la brutale disparition de Cédric Mauduit à la tête du service de modernisation de l’action publique a énormément perturbé le travail qu’il avait engagé sur ce sujet. Je veux juste souligner que si seul l’angle financier guide la refonte de la politique culturelle de notre collectivité, il y a de quoi s’inquiéter. Il aurait sans doute été nécessaire de faire l’exercice dans un contexte moins contraint. Je comprends l’intérêt malgré tout que vous revisitiez cette politique peu de temps après le renouvellement de notre assemblée. Vous prévoyez que le nouveau projet culturel sera présenté lors de la DM1 càd en juin. Je souhaiterais savoir comment, dans un délai si court, vous comptez impliquer les élus d’abord à l’appréciation de l’état des lieux réalisé par le cabinet que vous êtes en train de choisir ensuite au choix des orientations. Je vous demande, Monsieur le P. de bien vouloir associer les élus de l’opposition, membres de la commission adhoc qui sont prêts à s’y investir.

C21 – Préserver, étudier et valoriser le patrimoine

Sur ce dossier, au sujet des archives, nous vous félicitons de vous ranger au choix que nous vous proposions de ne plus être le seul département à facturer la consultation en ligne des collections d’archives.

Pour la partie qui concerne le service archéologie, il faut rappeler combien ce service accompli un travail de recherche, d’études de cartographie important qui n’est pas toujours visible.

Concernant le service patrimoine, la baisse récurrente des aides pour la restauration et la mise en valeur de notre très riche patrimoine historique laisse déjà prévoir que nous ne pourrons pas aider tous les projets de restauration.

Nous nous abstiendrons donc sur ce rapport.

C 22 – Promouvoir la lecture publique et la vie littéraire

Quelques mots sur la politique de lecture publique que vous nous proposez cette année.

Tout d’abord, vous proposez de changer l’appellation de notre service départemental en abandonnant le sigle (plutôt que l’acronyme au passage) de BDP pour le baptiser Bibliothèque départementale. Dont acte, l’intérêt résidant plus dans le contenu que dans le nom.

Vous envisagez également de ne plus offrir de collection spécifique aux collèges étant donné le peu d’efficience de cette proposition. Cela nous parait également une bonne mesure d’autant qu’elle s’accompagne d’une économie de 24 k€.

Le déploiement des ressources numériques se développe et, pour en être un utilisateur, je dois dire que, pour les bibliothèques qui en bénéficient, l’offre est tout à fait intéressante et complémentaire. Le fait que les collectivités aient à financer environ 40 % du service est tout à fait accepté car elles ne pourraient pas seules offrir un tel service à leurs administrés.

Vous le voyez, beaucoup de points positifs que je souligne sur ce rapport.

Malgré tout, comme tous les ans, nous constatons la disparition de bibliothèques du réseau qui s’accompagne d’une baisse régulière du nombre de bibliothèques ayant une personne formée.

23 bibliothèques sont sorties du réseau depuis 2012 et même si le mouvement se ralentit quelque peu, je m’inquiète des conséquences sur les secteurs qui de ce fait n’ont plus sur leur territoire d’offre de lecture publique.

Bien sûr, les exigences pour signer les conventions avec le département s’appuient sur des arguments de professionnalisation, d’horaires d’ouverture et de moyens d’acquisition suffisants. Il n’en reste pas moins que ces décisions aboutissent, dans certains secteurs où les communes rurales rencontrent des difficultés financières, à un accès à la lecture compliqué pour les personnes qui n’ont pas forcément les moyens de se déplacer à plusieurs kilomètres de chez eux pour trouver une bibliothèque.

La répartition des bibliothèques de convention 1 laisse voir de larges trous dans la maille. Ce sont les plus attractives et celles qui offrent le plus de services dont la boite numérique souvent. La carte de toutes les bibliothèques du réseau fait apparaitre de larges espaces non couverts dans notre département.

Personnellement, je m’inquiète de cette mauvaise répartition qui ne tient pas qu’à nous, je vous l’accorde, mais sur laquelle nous pouvons agir en accompagnant mieux encore les collectivités de ces territoires ruraux, en veillant à éviter les fermetures de bibliothèques dans les secteurs qui sont trop faiblement desservis, en convaincant les élus de ces territoires de transférer la compétence culture à leur communauté de communes…

Je ne peux conclure sur ce dossier sans dire combien l’ouverture d’une médiathèque dans un secteur, fut-il urbain, peut modifier profondément les pratiques culturelles des habitants.

Nous avons inauguré l’année dernière la médiathèque « Quai des Mondes » à Mondeville. Vous n’avez pu être présent M. le P ; et je le regrette même si vous fûtes dignement représenté par Virginie Le Dressay. Depuis l’ouverture de ce lieu en septembre dernier, ce sont plus de 18 000 visiteurs qui y sont entrés. En quatre mois, plus de 2 000 personnes se sont inscrites avec un pourcentage de 70% de Mondevillais. Sur ces adhérents, 1456 n’étaient inscrits dans aucune bibliothèque du réseau càd que pour la première fois ils se sont inscrits dans une bibliothèque ! Le nombre de prêts s’approche des 42 000 en 4 mois.

Si je donne ces chiffres, ce n’est pas seulement pour saluer le bon choix que vous avez fait M. le P. en participant à hauteur de 300 k€ à cet investissement structurant mais pour démontrer que même lorsque l’offre environnante est riche, rien n’est plus important pour une médiathèque en dehors de l’offre que la proximité.

Alors si je vous remercie encore pour l’aide du département accordée à Mondeville, je vous demande également de bien vouloir montrer un peu plus d’attention aux territoires ruraux qui se vident de leurs bibliothèques.

Pour ces raisons, nous nous abstiendrons sur ce rapport.

C23 – Favoriser la création et la diffusion artistique

Avec une baisse de plus de 11 % sur cet axe, nous savons tous que cela impactera sensiblement cette politique dont vous dites qu’elle est au cœur de la politique culturelle du département. On sait pourtant l’importance de l’accès à la culture pour tous et l’intérêt social et économique de l’activité culturelle. Au niveau européen, cette activité est plus pourvoyeuse d’emplois que l’industrie automobile.

La compétence culturelle est toujours une compétence partagée et je pense que c’est une bonne chose que la loi NOTRe ait préservé cette possibilité. Je pense aussi que l’échelon départemental est tout à fait pertinent pour mieux répartir l’offre et faire en sorte que tout le territoire puisse bénéficier d’un accès à la création et au spectacle vivant. Sur notre territoire, cette baisse de 150 k€ de l’aide à la diffusion va amoindrir l’offre disponible et fragiliser des compagnies.

Notre satellite ODACC est un outil performant qui permet de mettre en œuvre une programmation à la fois exigeante et accessible sur sept et presque huit territoires ruraux. Son budget est diminué de 3 % et vous reprenez 130 k€ sur son fonds de roulement dans votre proposition. Il nous a été dit en commission que cela ne mettait pas en danger les finances de l’office. Espérons-le.

C’est au sein de l’ODACC que sont étudiées les subventions à la création et à la diffusion. C’est aussi l’ODACC qui élabore le schéma départemental des enseignements artistiques.

Je ne sais ce qu’il ressortira de la refonte des politiques culturelles dont nous avons déjà parlé mais je veux vous alerter sur l’intérêt de cette instance qui travaille sérieusement depuis trente ans, qui réunit des acteurs culturels de tous les territoires et de tous les horizons. On sait que le directeur doit faire valoir ses droits à la retraite à la fin de cette année et il pourrait être tentant d’en profiter pour rapatrier cette activité au sein même des services départementaux. J’ai fait cette remarque lors de l’installation de l’ODACC, je la formule à nouveau aujourd’hui.

Cette inquiétude est d’autant plus légitime que, dans le préambule du cahier des charges techniques de la mission de refonte des politiques culturelles, il est posé clairement les questions de gouvernance du service culturel lié au départ en retraite du directeur de l’ODACC. De même, la pertinence d’une gestion déléguée est également interrogée. On sait tous que la manière de poser certainement certaines questions dans un cahier des charges peut induire certaines réponses.

Comme pour le rapport précédent et pour les mêmes raisons, nous nous abstiendrons sur ce rapport.

C24 – Favoriser l’enseignement artistique et l’offre éducative culturelle

Dans ce rapport que nous adopterons, je veux saluer l’effort consacré au schéma départemental de développement des enseignements artistiques, notamment les aides spécifiques prévues pour impulser de nouveaux projets qui ont déjà amorcé de nouvelles demandes.

Je veux aussi dire combien il serait judicieux à mon avis de développer les appels à projets artistiques des collèges. Ces actions sont essentielles et permettent aux jeunes collégiens de vivre des expériences enrichissantes. Nous pourrions d’ailleurs, comme je l’ai déjà suggéré, envisager d’encourager les jumelages entre les structures culturelles et les collèges, qui permettent la mise en œuvre de projets de création plus approfondis.

J’en veux pour preuve la restitution du partenariat entre la Renaissance, le collège Guy LIARD présenté hier juste avant le spectacle MacBeth – Fatum par le théâtre des Crescite. 35 jeunes élèves de troisième ont bénéficié depuis le mois de septembre de 25 heures d’ateliers de théâtre, d’une séance du spectacle Roméo et Juliette dans leur classe. Ils ont produit une petite forme théâtrale et numérique remarquable devant un public nombreux et la plupart des familles sont restées pour la représentation qui suivait.

Cela montre l’intérêt de telles actions de médiation qui ont un coût pour la structure qui les accueille, heureusement aidée pour l’occasion par la DRAC.

Voilà une piste que nous pourrions creuser à l’occasion de la refonte des politiques culturelles départementales.

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